Anciens combattantsHistoire

Commémorations du 8-Mai :
Lilou Sornet nommée porte-drapeau junior

Le temps était clément ce 8 mai aux Villards pour les cérémonies commémorant la capitulation de l’Allemagne nazie et célébrant le 81e anniversaire de l’armistice de la Seconde Guerre mondiale. En présence d’une foule inhabituelle, ces cérémonies ont été l’occasion de la nomination de Lilou Sornet comme porte-drapeau junior suite à l’appel qu’avait lancé l’an dernier, Patrick Louadoudi, président de l’Association des anciens combattants et victimes de guerre de la vallée des Villards et lui-même ancien porte-drapeau.

■ Nomination de Lilou Sornet, porte-drapeau junior. Au premier plan, de gauche à droite : Patrick Louadoudi, Gilbert Émieux, Lilou Sornet.

Lilou Sornet (16 ans, de Lachal) est la fille Ségolène Coin et Sébastien Sornet. Au cours de cette nomination qui a eu lieu au début des deux cérémonies, Patrick Louadoudi a remis à Lilou Sornet une paire de gants blancs, le harnais de portage et le drapeau de l’association, en lui recommandant de le porter avec « honneur, fierté et dévouement », souhaitant qu’elle soit un exemple pour la jeunesse villarinche. En acceptant cette charge, Lilou Sornet a rejoint son père, Sébastien Sornet actuel porte-drapeau qui a pris la suite de Patrick Louadoudi qui lui-même avait succédé à Georges Maquet. Un père et sa fille porte-drapeaux, c’est assurément une première dans l’Association des anciens combattants et victimes de guerre de la vallée (*).

C’est à 10 heures à Saint-Alban que la première cérémonie a débuté selon le protocole habituel et devant environ 80 personnes, une assistance plus importante que ce que l’on observe habituellement pour la première cérémonie et dans laquelle on a noté la présence de 3 sapeurs-pompiers du corps de première intervention de la vallée des Villards (Simon Cartier-Lange, Jean-Baptiste Brosson et Grégory Le Goff), de l’adjudant-chef Thomas Jeantot et du caporal-chef Adrien Giannini du Groupement d’aguerrissement de Montagne (base de Modane), ainsi que des conseillers municipaux des 2 communes. Également présents, 5 musiciens de la batterie-fanfare de Cuines L’Écho des Montagnes.

■ La cérémonie devant le monument aux morts de Saint-Alban -des-Villards.

Le message officiel de Catherine Vautrin, ministre des armées et des anciens combattants, et d’Alice Rufo, ministre déléguée auprès de la ministre des armées et des anciens combattants, indiquait que le 8 mai 1945 « l’Europe était libérée de l’emprise totalitaire et génocidaire nazie. Libérée par tous les Alliés. Libérée avec le concours des armées de la France, « la seule France, (celle) qui se bat » et ne se rend pas. (…) Ceux qui continuèrent de croire à la France n’étaient pas des surhommes ». Après avoir évoqué le général de Gaulle, Marc Bloch, le maréchal de Lattre et Simone Veil, ce message officiel concluait en insistant sur le fait « qu’aujourd’hui, pour que plus jamais le pire ne redevienne possible, il nous revient de transmettre aux jeunes qui s’avancent dans la vie — alors que les derniers témoins nous quittent — le « patriotisme agissant » que le général Leclerc confiait aux hommes de la 2e DB en leur faisant ses adieux. Transmettre cette force morale, la première arme d’un peuple qui sut, au bord de l’abîme, se redresser. »

Patrick Louadoudi lut ensuite le message de l’Union française des anciens combattants et victimes de guerre, qui soulignait : « Le 8 mai 1945 portait un espoir de paix. Or, nous assistons, aujourd’hui, à la banalisation d’idées qui nous ont amené aux abominations de la Seconde Guerre mondiale. Au mépris des enseignements du passé, fanatisme religieux, terrorisme, réveil des nationalismes, retour des empires, et retour de la guerre aux quatre coins du monde nous rappellent que la paix et la liberté ne sont jamais définitivement acquises. De même, un nouvel ordre mondial voudrait s’imposer à la place de celui né en 1945 ! » Faisant référence à René Cassin, Prix Nobel de la paix et un des pères fondateurs de la Déclaration universelle des droits de l’homme, le message concluait :« Il n’y aura pas de paix sur cette planète tant que les droits de l’homme seront violés en quelque partie du monde que ce soit. »

■ Le dépôt des gerbes. À Saint-Colomban (à gauche, avec de gauche à droite : Gilbert Émieux et Christian Émieux) et à Saint-Alban (avec de gauche à droite : Armand Cartier-Lange et Marcel Louis).

Puis vint la lecture de textes par les écoliers de l’école intercommunale des Villards, le dépôt de la gerbe par Armand Cartier-Lange et Marcel Louis, la sonnerie aux morts, la minute de silence et La Marseillaise jouée par l’Écho des Montagnes et reprise par le public. Après la fin de cette partie protocolaire, Jacqueline Dupenloup, maire de Saint-Alban-des-Villards, a prononcé  un discours qui mettait en évidence l’action René Cassin pour la paix (lire encart ci-dessous).

À Saint-Colomban, trois-quarts d’heure plus tard, la cérémonie était présidée par Stéphane Pezzani, nouveau maire de la commune, devant une assistance là aussi très nombreuse, plus de 120 personnes. Gilbert Émieux et Christian Émieux ont déposé la gerbe.

■ La cérémonie à Saint-Colomban-des-Villards

À l’issue de la cérémonie, un apéritif était offert par la municipalité de Saint-Colomban à l’Hôtel de la Poste. Le traditionnel repas de l’Association des anciens combattants villarins qui s’est déroulé à l’Auberge du Triandou (le premier au Triandou depuis l’arrivée des nouveaux gérants) a réuni 15 personnes dont les deux maires.

Christophe Mayoux

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(*) Selon l’Office national des anciens combattants, « Les porte-drapeaux sont des bénévoles, anciens combattants ou non, assurant lors des manifestations patriotiques le service du port du drapeau tricolore de leur association. Cette mission est hautement symbolique puisque le porte-drapeau rend hommage, au nom de la Nation française, aux combattants et aux disparus. Le porte-drapeau se doit donc d’exercer sa fonction avec dignité et constance. Le porte-drapeau associatif invité à participer à une manifestation officielle apporte constamment une attention toute particulière à ses gestes, son attitude, sa présentation et sa tenue. »↩︎

■ Photo de « Une » : la cérémonie devant le monument aux morts de Saint-Colomban-des-Villards.
■ Les photos qui illustrent l’article, « Une » comprise, sont de Christophe Mayoux.

René Cassin, prix Nobel de la paix et compagnon de la Libération

Je tiens à saluer le discours de l’Union fédérale des associations françaises d’anciens combattants victimes de guerre qui évoque la mémoire d’un homme, décédé il y a 50 ans, qui fut un de ses fondateurs : René Cassin, Prix Nobel de la paix en 1968… Résistant et proche de Charles de Gaulle, il a joué un rôle clé au sein de la France libre puis contribué à la création de l’Organisation des Nations Unies et beaucoup travaillé à l’élaboration de la Déclaration universelle des droits de l’homme de cette nouvelle ONU en 1948. Lorsque l’Organisation des Nations unies (ONU), pour laquelle René Cassin a tant œuvré, a été instituée le 24 octobre 1945, le monde sortait de la Seconde Guerre mondiale qui a fait de 50 à 60 millions de morts, dont plus de la moitié étaient des civils. Parmi ces victimes, on estime le nombre de juifs assassinés à 6 millions.

■ René Cassin (1887-1976). – (Document de la Revue des Deux Mondes.)

Aujourd’hui, les derniers témoins directs disparaissent, mais leurs témoignages vont perdurer, comme celui, aussi glaçant que décisif au procès de Nuremberg, de Marie-Claude Vaillant-Couturier, dont il n’est pas besoin d’avoir recours à l’intelligence artificielle et à ses hasardeux montages pour trouver le texte intégral. Elle a survécu au camp d’extermination d’Auschwitz et au camp de femmes de Ravensbrück. Voici les dernières phrases de son témoignage : « Nous n’avions qu’une volonté pendant des mois et des années, c’était de sortir à quelques-unes vivantes pour pouvoir dire au monde ce que c’est que les bagnes nazis : partout, à Auschwitz comme à Ravensbrück – et mes compagnes qui ont été dans d’autres camps rapportent la même chose – cette volonté systématique et implacable d’utiliser les hommes comme des esclaves, et quand ils ne peuvent plus travailler, de les tuer. »

■ Marie-Claude Vaillant-Couturier (1912-1996). – (Document de l’AFP.)

Et c’est au sortir de cette horreur hallucinante que fut créée l’ONU, avec une charte comme une évidence. Voici le début de son premier article : « Les buts de l’ONU sont les suivants : 1- maintenir la paix et la sécurité internationales et, à cette fin, prendre des mesures collectives efficaces en vue de prévenir et d’écarter les menaces à la paix et de réprimer tout acte d’agression ou autre rupture de la paix ; 2- développer entre les nations des relations amicales fondées sur le respect du principe de l’égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d’eux-mêmes ». Oui, ces mots furent écrits en 1945, au sortir de ce conflit qui créa l’enfer et la mort pour des dizaines de millions de personnes. Ces mots-là furent posés comme une évidence par des hommes comme René Cassin qui ont pensé qu’il n’y en avait pas d’autres possibles pour l’avenir de l’Humanité. Fallait-il qu’ils aient compris l’engrenage des catastrophes auxquelles avaient mené la brutalité aveugle, le racisme, l’antisémitisme, la haine de la différence, pour choisir de s’engager sur d’autres voies, de solidarité, de paix.

81 ans plus tard, dans un monde profondément bouleversé, où tant de populations civiles sont frappées par la guerre et la violence, l’année 1945 qui vit capituler le pouvoir hitlérien et naître la charte de l’ONU résonne comme une grande espérance. Si l’équilibre international doit être recomposé, il ne peut l’être que dans le respect de ce que nous dit René Cassin, Prix Nobel de la paix en 1968 : « Il n’y aura pas de paix sur cette planète tant que les droits de l’homme seront violés en quelque partie du monde que ce soit. »

Manquer à sa pensée c’est se préparer à « la mort et à la souffrance de la famille humaine », je reprends là les propos du pape Léon XIV appelant le 22 mars à ce que « cessent les hostilités et s’ouvrent enfin des chemins de paix fondés sur un dialogue sincère et sur le respect de la dignité de chaque personne humaine ».

Jacqueline Dupenloup ↩︎

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