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Un 15-Août entre ferveur religieuse, coutume et animations festives

Malgré un ciel légèrement nuageux, vers 10 h 30, les Villarins ont rallié en nombre le « centre », comme on disait autrefois, pour assister à la fête patronale du 15 août.

Et tandis que quelques-uns d’entre eux se promenaient entre les stands du marché artisanal installés sur la place, devant la Maison du tourisme (où l’on a croisé deux alertes plus que centenaires), la plupart des autres rejoignait l’église – pleine comme à l’accoutumée, contre-allées comprises – pour suivre l’office célébré, sans servant d’autel, par le père Denis Dufournet venu de Chambéry pour l’occasion.

Une vingtaine de scouts membres de l’Association des guides et scouts d’Europe, qui campaient sous le col du Glandon, ont participé à cette célébration qui était aussi la messe de sépulture de Béatrice Pepey décédée le 30 juillet dernier. La chorale d’une quinzaine de choristes constituée pour cet office était dirigée par Florence Perrard et Constance Teyssier, accompagnée à l’harmonium par Delphine Gamel, à la trompette par Paul Perrard, et à la flûte traversière par Louise Gamel et Mathilde Perrard.

Les personnes costumées sont entrées en premier dans l’église précédées par trois scouts portant drapeaux et croix de procession, suivis du prêtre et de la vierge dorée portée par 4 Villarinches en soie bleue (6 l’année dernière). Dans son homélie, le prêtre a rappelé l’importance de la paix dans le monde, tout en soulignant les valeurs du partage et du patrimoine.

À l’issue de la cérémonie, à la sortie de l’église, sur son seuil, le pain bénit offert par l’Association des Villarins et amis des Villards a été distribué par Stéphanie Chaboud-Crousaz et Damien Tardy en costume. Retardé d’une quinzaine de minutes à la sortie de l’église par le passage des pompiers appelés pour un accident sur la route du col du Glandon, le défilé a rejoint le pré de foire en traversant le Chef-Lieu précédé par les scouts qui, devant l’Auberge du Glandon, ont pris la direction du col, tandis que les personnes costumées bifurquaient à gauche sur le champ de foire pour la traditionnelle photo de groupe. Le char des jeunes avec 4 filles et 5 garçons en tenue de travail fermait le cortège. Organisé par Benoît Émieux sur le même thème que l’an dernier (métiers et outils anciens), on pouvait reconnaître, présents à ses côtés, Aurélien Bitz, Alizée Bozon-Viaille, Nathan Bozon-Viaille, Julien Émieux, Lou Émieux, Ambre-Lou Jalbeaud, Maïwenn Ledain et Paul de la Vaissière, tous très applaudis.

Ce défilé était moins dense que les années précédentes ce qui était quelque peu attendu par les organisateurs car, pris depuis plusieurs semaines par la crise sanitaire bovine qui sévit en Savoie, Xavier Mugnier n’a pas pu animer la préparation de la fête du 15-Août ni ouvrir comme habituellement un « centre d’habillage », chez lui, à La Pierre. Néanmoins ce défilé, que certains ont trouvé informel, trop étiré et un peu décousu, sans doute par comparaison avec celui de l’année dernière – mais ce n’était pas l’avis de tout le monde –, a permis de montrer le costume traditionnel dans toute sa diversité déclenchant photos et suscitant des commentaires pédagogiques à l’attention des passants moins informés sur le patrimoine vestimentaire villarin.

Il y avait 22 femmes revêtues du costume traditionnel et une petite-fille, Elsa Mugnier, portait le bertin et la barette. Pour les Villarinches, on dénombrait 13 costumes de fêtes en soie (5 violets, 4 bleus et 4 rouges), 5 costumes de dimanche ordinaire (4 rouges et un bleu) et 4 costumes des jours et de travail sur le char (2 de grand deuil, 1 deuil des grands-parents et 1 deuil des oncles et tantes). On comptait aussi 28 costumes masculins (avec les musiciens : Gérard Mugnier et 2 accordéonistes Yves Dufour et Bernard Richard), dont 3 petits ramoneurs, quelques tenues de travail (5 sur le char) et des costumes de cérémonie. Soit un groupe d’une bonne cinquantaine de personnes. C’est moins que l’année dernière qui fut exceptionnelle (90 costumés), mais mieux que certaines années. Au final, une bonne participation compte tenu des circonstances et du fait que plus de 25 femmes et fillettes inscrites n’ont pas pu participer car elles n’ont pas pu trouver de tenues. Les femmes ont été costumées en 5 groupes de 3 à 4 villarinches, et 4 se sont habillées seules (*)

Le costume est un héritage vivant qui raconte une histoire transmise de génération en génération au sein des familles fières de cet habit. Porté naguère, pour la plupart, par des arrière-grand-mères, il retrouve vie avec émotion chaque 15 août. Les broderies, les soies et les accessoires sont ainsi autant de témoins d’un passé familial et local. Une petite-fille, émerveillée, a timidement demandé à poser avec une Villarinche le temps d’une photo, symbole du lien entre tradition et nouvelles générations. Pour nombre des acteurs de la fête, revêtir ce jour-là un costume, c’est participer directement à l’histoire de leur famille et/ou de la vallée.

Ainsi, cette trentenaire qui s’habille chaque 15-Août : « Je trouve que c’est un bel hommage à mon arrière-grand-mère qui portait le costume tous les jours, à la maison et pour son travail dans les champs, et à ma grand-mère qui avait du plaisir à entretenir les costumes qu’on sortait chaque année comme un précieux trésor, et qui m’a transmis le plaisir de le porter, qui m’a appris comment assortir les différentes pièces et à m’habiller seule… ou presque ! C’est maintenant un plaisir que je partage en famille avec ma cousine et la génération suivante. »

Pour d’anciens participants, dont certains sont fidèles à ce rendez-vous depuis près de 40 ans, c’est le moment d’expliquer comment chaque pli et chaque détail a sa signification à des novices qui découvrent le plaisir de faire revivre ces coutumes et ces usages l’espace d’une matinée. Les visiteurs (cette année on a noté la présence de nombreuses personnes du bas de la vallée) peuvent ainsi appréhender concrètement cette mémoire vivante, poser des questions et s’immerger dans la culture locale. Notamment quand, en milieu d’après-midi, Martine Paret-Dauphin, présidente de l’association Les Villards, patrimoine et culture, présente, comme elle le fait depuis plusieurs années maintenant, le costume féminin en détaillant et commentant chacune de ses pièces avec la complicité de Céline Clérin.

Mais si cette journée de fête met en lumière toute la richesse et la variété des costumes villarins, elle rappelle aussi le soin qu’il faut apporter à leur conservation, un travail « fastidieux » pas toujours bien compris. Xavier Mugnier : « Chaque année de nombreux jeunes sont demandeurs pour revêtir le costume, mais il serait bien qu’ils s’intéressent aussi à son rangement, sa conservation, sa mise en place, et à ses règles qui ne sont pas toujours respectées. Je sais, cela ne vend pas forcément du rêve, mais il faut y songer car, sauf au Club des sports des Villards, il y a de moins en moins de jeunes dans les associations. »

Cette matinée s’est terminée par un apéritif offert par la municipalité sur le pré de foire, près du four à pain, moment toujours chaleureux où Villarins et touristes partagent souvenirs et anecdotes.

L’après-midi était dédié aux enfants qui ont pu participer à différents jeux traditionnels tandis que les adultes pouvaient déambuler entre les stands dont un tenu par des pompiers, un de petite restauration (nouveauté) proposé dans la salle de l’ancien café des frères Martin-Cocher par les gérants de l’Auberge du Coin, deux structures gonflables, etc., ou assister à un spectacle de fauconnerie proposé par Les Aigles du Léman ou au concert du groupe Kindred des frères Quentin et Lucas Mège qui évolue dans un univers pop, rock, folk et blues…

Le 15 août s’est terminé par un feu d’artifice tiré à 22 heures au plan d’eau du Clos qui a illuminé la vallée, offrant un final féérique à cette fête placée sous le signe du patrimoine, de la convivialité et de la transmission, et par un bal populaire organisé par le Club des sports des Villards à la salle des fêtes de Saint-Colomban-des-Villards (**).

Héloïse Noël

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(*) Décompte effectué par Xavier Mugnier.↩︎
(**) Cette fête du 15-Août a fait l’objet d’un reportage de Maurienne TV (lire ICI ) et d’un article dans La Maurienne (numéro 3879, 21 août 2025).↩︎


■ Les photographies qui illustrent ce texte sont du Petit Villarin.

Une réflexion sur “Un 15-Août entre ferveur religieuse, coutume et animations festives

  • Michèle COMTE

    Moi qui n’ait pas pu venir a ST COL cet été, quel plaisir de voir ce joli reportage sur la journée du 15 août, et alors l’intérieur de l’église, que c’est beau, mon dieu, pile comme dans mon souvenir.
    Bravo a toutes ces personnes qui se donnent tant de mal pour cette journée.
    Michèle COMTE (née MARTIN COCHER ) du Martinan.

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