Matinée du 15-Août : une jeunesse toujours très mobilisée
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Le 15 août 1976, je défilais pour la première fois. Petit ramoneur, je donnais la main à ma mère, vêtue d’un magnifique costume de soie rouge d’époque, prêté par Éléonore Favre-Jaime, originaire de Lachenal, comme mon grand-père maternel. En cet été 76, la France traversait une sécheresse historique, mais, ce matin là, les nièles (*) accrochaient l’Ormet et les pentes de Rechoutan. Il tombait des cordes. Des femmes âgées, certaines en habit traditionnel, s’affairaient à protéger les coiffes avec de grands mouchoirs blancs et les costumes par de larges parapluies. Un cortège modeste traversait le Chef-Lieu. La fête du pays tendait à s’essouffler depuis 1971, mais grâce au comité des fêtes de l’époque et à quelques familles de Saint-Colomban, la tradition tenait. Cinquante ans plus tard, où en sommes nous ?


■ Le 15-Août 1976. – (Photos Michel Tronel.)
Les 15-Août torrides se succèdent depuis quelques années mettant à mal corps et costumes qui ne sont plus adaptés à de telles chaleurs pénétrant jusque dans l’église. Faut-il alléger notre costume qui comporte plus d’une douzaine de pièces dans sa version festive ? Les sept jeunes femmes qui portaient une tenue de travail ne diront sans doute pas le contraire.
Habillées par Catherine Bitz et ses deux fils, aidés de Christine Faure, elles (Margot Bordon-Biron, Lola Bozon, Alizée Bozon-Viaille, Lou Émieux, Ambre-Lou Jalbeaud, Lola Pommier et Cali Sasso) avaient pris place en compagnie de huit hommes sur le char préparé et très bien décoré par Benoit Émieux et son équipe, qui présentait certains travaux d’autrefois.

Nouveauté cette année, suivait un char du Club des sports des Villards tracté et conduit par Adrien Maurino sur lequel avait pris place le maire, Stephan Pezzani, ainsi que de jeunes membres du club. Décoré avec une benne de télécabine, ce char résumait l’évolution des tenues de ski.

Suivant les costumés, le cortège partit du boulodrome du Martinan à 10 heures pour se rendre à la messe de 10 h 30. Devant l’église, c’est le père Denis Dufournet, de la communauté des frères Capucins de Chambéry qui les accueillait. C’est un habitué de cette célébration, et, comme d’habitude, c’est Bernard Mugnier qui est allé le chercher à Chambéry et l’a reconduit dans la soirée. Son épouse, Martine Mugnier étant responsable de la liturgie et leur fille, Florence Pérrard, dirigeant la chorale accompagnée à l’orgue par sa sœur Delphine Gamel, sa nièce Louise et sa fille Mathilde à la flûte traversière.
Lors de la procession d’entrée, six filles et femmes en costume de soie bleue (Diane Francou, Diane Mugnier, Gabrielle Mugnier, Mathilde Perrard, Aurélie Plantard et Anna Rostolan) portaient la statue de la Vierge, suivant le prêtre sans servant d’autel, sans scout et sans croix cette année. C’est dans une église comble et par une chaleur moite que le prêtre célébra cette fête de l’Assomption ainsi que la messe de funérailles de Lucienne Favre-Bonté décédée le 24 mars dernier.

Dans son homélie, père Denis Dufournet rappela le rôle de Marie, mère du Christ, et évoqua quelques sanctuaires majeurs lui étant dédiés en Savoie : Notre-Dame de Myans (pèlerinages toute l’année), Notre-Dame-des-Vernettes à Peisey-Nancroix (le 16 juillet), Notre-Dame-de-la-Vie dans la vallée des Belleville (le 15 août), Notre-Dame-du-Charmaix à Modane (le premier dimanche de septembre). Lors de la communion, Gilles Pellegrini, interpréta l’Ave Maria de Schubert à la trompette. L’office se termina par la traditionnelle bénédiction et distribution du pain bénit offert par l’Association des Villarins et amis de la vallée des Villards.




Le cortège, emmené par les musiciens et suivi des deux chars à thème, traversa le Chef-Lieu jusqu’à l’ancien champ de foire. Là, à peine le temps de prendre une photo d’un groupe incomplet, que deux villarinches, impatientes et indisciplinées, décidèrent de filer boire un verre entraînant les autres avec elles. Donc pas de photos du groupe complet cette année. Merci mesdemoiselles !

À l’apéritif offert par la municipalité de Saint-Colomban-des-Villards, la cohue comme d’habitude. On parle de 400 personnes. Pour les costumés, un espace réservé à l’intérieur de la salle des fêtes pour se rafraîchir fut le bienvenu. Devant le four à pain, Gérard Mugnier à l’orgue de barbarie, Yves Dufour à l’accordéon et Bernard à la guitare, poussaient la chansonnette, interrompus par le déshabillage de la villarinche avancé de quelques heures en raison de la chaleur. Un moment bien mal choisi, qui n’a pas captivé l’auditoire, dans une ambiance de retrouvailles et de discussions autour d’un verre. Dans la foule, on notait la présence de Sophie Verney, conseillère départementale et de Nicolas Compigne, tisserand à Rozier-en-Donzy qui réalise des reproductions de châles et de rubans de soie, pour les Villards entre autres.
On comptait 43 costumes féminins. Sept de travail, de deuil et grand deuil, huit de dimanche ordinaire (cinq rouges et trois bleus), un de petite fête, et vingt-sept de grandes fêtes. Deux fillettes (Romy Jeandet et Chiara Sampère) portaient cotillon, bertin et barrette. Elles étaient accompagnées par une bonne trentaine d’hommes et d’enfants en diverses tenues dont six jeunes garçons en ramoneurs ou assimilés. La majorité des hommes étaient débrayés, sans veste et sans cravate. Pas à la hauteur pour un jour comme celui-ci.


■ Traversée du Chef-Lieu. – (Photos Le Petit Villarin et Patrice Gérard.)
Côté organisation, l’association Les Villards, patrimoine et culture n’a pas ménagé sa peine. Martine Paret-Dauphin a mis à disposition les costumes de travail pour les hommes, et a habillé quelques villarinches, aidée par Christine Frasson-Botton. Je me suis occupé des essayages et de la préparation des costumes féminins pour une trentaine de personnes, mais nous n’en avons habillé que 18 avec Valérie Favre-Teylaz (en costume) et Stéphanie Lafaury. Le reste s’est débrouillé en famille ou en petits groupes. Un atelier de formation à l’habillage rassemblant une dizaine de personnes avait eu lieu le 8 août dans l’après-midi dans le cadre des ateliers de couture. Dans l’ensemble, les filles et les femmes étaient belles et élégantes, plus que les hommes, heureuses de porter le costume, cela se voyait. Et rien à voir avec le type de tenue, car même certaines filles en tenue de travail étaient chic.


■ « Les filles et les femmes étaient belles et élégantes. » – (Photo Le Petit Villarin et Arthur Bouquet des Chaux.)
Deux villarins de la même génération, autour des 80 ans, n’ont pas eu la même réaction devant les femmes en tenue de travail. La première estimant qu’elles n’avaient pas leur place en ce jour de 15-Août et qu’elles étaient tristes dans ces vêtements de deuil. Le second, applaudissant et s’enthousiasmant en voyant des femmes en habits telles qu’il les avait connues enfant : « Ça, ce sont de vraies Villarinches, comme je les aime ! » Alors ? Le char, c’est l’occasion de sortir ces vêtements de la naphtaline, de les faire découvrir, de les faire vivre différemment, plus naturellement que dans un musée.

Quelques personnes, peu nombreuses, se sont également interrogées de la pertinence de la présence du char du club des sports ce jour là. Cette animation a pourtant amené un peu de changement et permis à d’autres jeunes de s’impliquer dans la fête. À Valloire et Peisey-Nancroix on retrouve ce type de chars dans le défilé gérés par différentes associations locales. On pourrait imaginer la même chose aux Villards avec d’autres associations : Amis des Villards, chasseurs, etc. Elles pourraient aussi s’impliquer d’une autre façon. Quoi qu’il en soit, ces deux animations ont été bien appréciées.
Concernant les costumes de fêtes, trois personnes très observatrices, m’ont fait remarqué que deux villarinches portaient le tablier rayé du pays avec la robe de grandes fêtes et que cela ne devrait pas se faire. C’est vrai, c’est une entorse à la règle, mais qui se produisait parfois notamment lorsque la bande du tablier rayé et le korieu sont en soie. Sur la photo ci-dessous, datant de l’été 1922, période où l’on comptait encore plus de 300 Villarinches sur les deux communes et où les règles vestimentaires étaient respectées, deux femmes de hameaux en amont du Chef-Lieu se rendent à la messe un jour de fête.

Celle de gauche est en deuil, et porte un costume de dimanche ordinaire bleu. Celle de droite, probablement des Roches, en tenue de grande fête (smosses noires (**), coiffe en dentelles à larges rubans de soie, châle et ceinture de soie, etc.) porte le tablier rayé du pays avec une bande de soie écossaise dans le haut. Alors qu’elle aurait du porter un tablier de soie sur lequel vient croiser un large ruban. Est-ce une exception ? Non, on retrouve cet assortiment sur d’autres documents.
Au jeune journaliste du Dauphiné libéré, arrivé récemment du Gard, qui me demandait l’origine de cette fête du 15-Août, je répondis que c’est avant tout une fête religieuse à laquelle de nombreux villarins sont attachés. Il suffit pour s’en convaincre de constater l’affluence à la messe ce jour-là et d’écouter la longue liste des intentions de prière durant celle-ci. Mais c’est aussi une fête du costume, de la tradition et de la montagne, et par extension une fête folklorique. Tradition et folklore sont toujours présents ce jour là, mais en proportion variable suivant les années. Il y avait certainement plus de folklore cette année, mais cette édition 2026 fut une réussite et un succès, grâce aux jeunes notamment.
Xavier Mugnier
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(*) Nièles (toujours au pluriel), en patois villarin, signifie nuages bas et brouillard.↩︎
(**) Smosses : partie inférieure de la jupe des Villarinches, de 20 à 40 cm de largeur.↩︎
■ La photo de « Une » est du Petit Villarin.
