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Les métiers aux Villards à travers les recensements

Commençons par les métiers du bâtiment. À Saint-Alban-des-Villards, nous trouvons Joseph Giorda originaire de Pianezza, ville de la métropole de Turin. Domicilié au hameau de l’Église, il épousera le 20 novembre 1860 Marguerite Chaboud-La-Rose puis, après le décès de celle-ci, en secondes noces, le 24 avril 1872, Marie Adélaïde Oujoud. Joseph Gioda exercera son métier jusqu’au début du XXe siècle. Au recensement de 1896, un de ses compatriotes, Georges Amprino, le rejoint pour travailler à ses côtés. Originaire de Giaveno (Val de Suse), il réside également à l’Église.

Sur Saint-Colomban-des-Villards on relève aussi un premier maçon au recensement de 1876. Il s’agit de Jean-Baptiste Squinabole, qui réside au Martinan. Originaire du village de Liliannes (vallée d’Aoste), il exercera son métier jusqu’au début du XXe siècle puis deviendra cultivateur sur la fin de sa vie. Il avait épousé à Saint-Colomban, Marie-Anne Favre-Novel. En 1901, un second maçon le rejoint temporairement : Joseph Morini qui vient d’Aiguebelle et dont l’origine se situe dans la région italienne d’Émilie-Romagne. La famille Morini fera souche à La Chambre.

Pour trouver dans les recensements un maçon villarin, il faut attendre l’année 1921 avec Pierre Émieux dit Jean-Pierre, originaire de Lachenal où il est né en 1892. Il exercera son métier de nombreuses années, bien longtemps après la Seconde Guerre mondiale (il est décédé le 20 juillet 1964). Jean-Pierre Émieux avait épousé le 22 mai 1920 Joséphine Rosalie Sallier. En 1926 il sera rejoint par son frère Séraphin, né en 1889, qui décèdera avec sa fille Hortense dans l’avalanche de 1942. Séraphin avait épousé en premières noces Françoise Paret-Peissonnet et en secondes noces (en 1920) Alphonsine Rosalie Martin-Cocher. Un autre frère, André Colomban Émieux (né en 1904 et décédé en 1962) exercera également le métier de maçon avec ses frères. Il apparaît dès le recensement de 1931. André Émieux épousera en 1926, à Grenoble, Reine Marguerite Favre-Tissot. La famille fera souche à Lachenal.

Au dernier recensement de 1946, outre les frères Émieux, on trouve 3 autres artisans maçons. Deux Piémontais : Bernard Chiariglione et Alexandre Freggiaro qui résident à Lachenal. Bernard Chiariglione est issu d’une très ancienne famille implantée dans la vallée des Villards (depuis le début du XIXe siècle). Elle était originaire de Chialamberto (Piémont). Alexandre Freggiaro était lui originaire de San Germano (province de Verceil). Cette famille fera souche à La Chambre. Un autre maçon se nomme Jean-Pierre (Clément) Tardy (La Pierre). Né en 1890, il épousera Émilienne Ducasse.

■ Maçons italiens devant l’Hôtel de la poste (début des années 60). – (Photo X.)

Toujours dans cette branche, à Saint-Colomban-des-Villards, on trouve au recensement de 1886 un employé de carrière, François Decarroux, qui habite Lachenal, et à celui de 1906, toujours au Martinan, on note la présence de Michel Versino qui est chef de chantier (on a vu la famille Versino présente dans les Villards depuis au moins 1906 avec Victor qui est manœuvre). Les Versino sont originaires de Villar Focchiardo (Val de Suse) et feront souche à Saint-Étienne-de-Cuines. Signalons également un tailleur de pierre présent au Châtelet, en 1946, Michel Pautasso. La famille était originaire de Mocchié (Val de Suse, près de Condove). Michel Pautasso épousera en 1939 à Saint-Colomban, Mélanie Combet (Châtelet).

Toujours à Saint-Colomban, dans les métiers autour du bâtiment, on note un géomètre : Charles Paret-Peintre de Lachenal, cité aux recensements de 1931 et 1936 (il prendra sa retraite en 1939), et qui fut maire de Saint-Colomban de 1935 à 1945.

■ Écho du départ à la retraite de Charles Paret-Peinte (Le Petit Dauphinois, 18 août 1939).

Pour Saint-Alban, notons en 1896, un métier original : marchand de chaux, il s’agit d’Alphonse Gautier du Premier-Villard (l’exploitation ne durera pas, il n’est plus cité en 1901). On trouve aussi un tailleur de pierre installé au Planchamp en 1906 : Joseph Gugliemenotti (père et fils), là aussi de façon éphémère (absents en 1911). Ils étaient originaires de la commune de Donato (province de Biella). Toujours au Planchamp et la même année (1906), deux entrepreneurs de travaux publics sont recensés : Charles Antoniotti et Henri Chioso, originaires de la même province que les Gugliemenotti, Biella (village de Pralungo pour Antoniotti et village de Donato pour Chioso). Les deux « métiers » sont donc bien complémentaires et cette installation correspond peut-être à une période de construction dans le secteur (au Planchamp ?).

Sans parler précisément d’industrie (quoique…) on peut évoquer l’usine de pâtes Bozon-Verduraz à Saint-Étienne-de-Cuines. Sans en refaire l’histoire, le « sang » villarin coule dans les veines de la famille Bozon-Verduraz qui était originaire de Lachal (actuelle maison Reffet). L’homme concerné ici, Jean-Baptiste, est lui installé à Saint-Alban, au Bessay. C’est son fils, Jean-Pierre qui, dès 1866, achète des terres à Saint-Étienne-de-Cuines, notamment Sous-la-Roche. Aubergiste à ses débuts, il devient boulanger en 1877, puis se lance dès 1884 dans la fabrique de pâtes, début de l’aventure…

Une question : l’usine de pâtes a-t-elle employée des Villarins ? Oui. Mais aucun Colognon (nom en patois villarin des habitants de Saint-Colomban) n’apparaît dans les métiers recensés. Par contre, peu avant la guerre, au recensement de 1911, à Saint-Alban, on dénombre 17 employés… très majoritairement féminines. Au Premier-Villard, comme vermicellières, on dénombre : Rose et Marie Frasse-Sombet, Catherine, Virginie, Marie-Josephte, Rose, Louise et Philomène Frasson-Cochet, Françoise Frasson-Gaillard et Françoise Gottafrey. Comme emballeuses on a Adelaïde Darves-Botton et comme flotteuse Marie-Josephte Darves-Botton. Au Bessay, chez les Frasson-Goret, on est vermicelliers (Léonie, Marie, Philomène et Alphonse) et pâteur (Adolphe). Mais dès l’année 1921 on ne recense plus que deux vermicelliers : Pierre et Franceline Frasson-Gaillard…, puis plus aucun Villarin. Cela s’explique certainement par la distance à parcourir chaque jour depuis les hauteurs de Cuines.

■ Enveloppe mica pour facture (concept breveté sous le numéro 361.906) souvent utilisée par des sociétés ou des entreprises au début du siècle dernier. – (Document Gérard Bozon-Verduraz.)

Cependant pondérons notre remarque sur le travail chez Bozon-Verduraz car dès 1891 des personnes originaires de Saint-Colomban ou de Saint-Alban… ont pu tout simplement « s’installer » à Saint-Étienne-de-Cuines, au plus près de l’usine, pour pouvoir y travailler en évitant de longs déplacements. Elles n’apparaissent donc pas dans les recensements villarins. Existait-il déjà des logements ouvriers ? Ce qui est sûr c’est que la plupart d’entre eux résidaient au Chef-Lieu de Saint-Étienne-de-Cuines. Citons, sûrement comme vermicellières, en 1891 : Angéline Chaboud, Jean-Baptiste Darve, Marie-Joséphine Frasson-Botton. En 1896 : Jean-Baptiste Frasse (père et fils), Marie Angéline Chaboud, Jean-Pierre Frasson-Botton, Marie Chaboud, Mélanie Gottafrey, Marie Portaz, François Favre-Trosson, Rosalie Favre, Élise Quézel… On est déjà plus nombreux… mais cela va encore augmenter en 1901 avec Léonie et Marie Frasson, Jean-Pierre Frasson, Marguerite et Marie Portaz, Marie Favre, Philomène et Rosalie Bozon-Verduraz, François Cartier, Alexandre et Marie Quézel. En 1906 on note Séraphin et Marie Favre-Mot, Pierre Cuinat-Guerraz, Rose Chaboud. En 1911 : Séraphin Favre-Mot, Marie Frasson-Botton, Marie Frasson-Grange, Françoise Frasson-Gaillard, Philomène Bozon-Verduraz, Pierre Frasson-Groux, Octave Tronel, Augustine Cuinat. En 1921 Pierre Gottafrey, Léonie Frasson-Botton, Louise et Rosalie Chaboud, François et Pierre François Frasson, Marie-Louise Favre, Marie Quézel, Pierre Ruffin, François et Henri Cartier, Mélanie, Denise et Jean-Pierre Cuinat, Gabrielle Bellot. En 1926 Pierre François Frasson, Arsène, François et Henri Cartier, Alexandrine Frasson-Groux, Pierre Ruffin, Marie Favre, Jean-Pierre Portaz, Sylvie, Jean-Marie et Cyprien Cuinat, Marie Gottafrey, Joséphine Bellot (tout court ?). En 1931 François et Marie Frasson, Nicolas Cartier-Lange, Rose et Roger Frasson, Pierre et Marie Bozon, Jean-Pierre Portaz, Françoise Gottafrey, Jacques Frasse-Sombet, Léonie, Yolande et Denise Martin-Cocher, Alphonse Frasson, Arsène, Joséphine, François et Henriette Cartier, Marius, Émile et Gustave Tronel, Jean-Pierre Cuinat, Joséphine Cartier. En 1936 Virginie et François Gottafrey, Adèle Favre, Rose Frasson, Marie Chaboud, Joséphine Cartier, Jean-Pierre Portaz, Marie Bellot (tout court ?), Henri et Henriette Cartier, Jean-Pierre et Marius Cuinat-Guerraz, Jean Frasse-Sombet et enfin, en 1946, Rose Frasson-Cochet, Berthe et Marie Favier, Robert Cartier, Louise et Irène Cuinat, Yvonne et Jacques Darve, Angeline et Louise Chaboud, Marie Darve, Catherine Frasson-Marin, Fernand Bozon-Viaille, Juliette, Anna et Germaine Frasson-Groux, André et Henriette Cartier, Virginie Gottafrey.

Distinguons quelques paqueteuses (qui comme le mot l’indique emballaient les pâtes avant expédition). En 1926 Juliette Pepey, Hortense Bozon. En 1936 Ernestine Martin-Fardon et en 1946 Louise Favre et Aimée Cartier-Lange. En 1946, Jean-Marie Cuinat-Guerraz est contremaitre chez Bozon-Verduraz.

■ Saint-Étienne-de-Cuines, printemps 1936 : manifestation à laquelle participaient probablement des employés Bozon-Berduraz. – (Document Gérard Bozon-Verduraz.)

À travers cette énumération on voit bien que les Villarins sont descendus dans la vallée pour trouver du travail…, et, sans aucun doute, les lecteurs trouveront parmi eux quelques ancêtres ayant travaillé chez les Bozon-Verduraz !

Philippe De Mario

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