La main d’œuvre des carrières d’ardoises : IIb – Saint-Colomban-des-Villards (suite et fin)
Durant l’année 1911 on constate une forte activité dans les ardoisières de Saint-Colomban. On y dénombre 11 mineurs (tous Piémontais) et 23 ardoisiers. Le plus gros employeur est Claude Girard, fils de Charles, qui emploie 9 mineurs et 9 ardoisiers. Joseph Tardy lui fait travailler 2 mineurs et 14 ardoisiers.
Dans le personnel des mineurs, où le renouvellement est total, Claude Girard emploie Angelo Tornior (originaire de Villar Focchiardo dans le Val de Suse), Baptiste Marchetti (originaire de Balangero, vallée du Lanzo) et Cyprien Fossetti (originaire de Coazze, Val de Suse) qui habitent tous au Chef-Lieu, Michel Versino, Jean Miletto et Louis Tornior (tous les 3 de Villar Focchiardo) qui habitent à Nantchenu, Antoine Castrale (originaire de la vallée du Lanzo, Usseglio) qui résident à La Pierre, Pierre Cibrario et Baptiste Darenale (tous deux de Usseglio) qui habitent au Martinan. Enfin Joseph Tardy emploi 2 mineurs : Michel Podio (originaire du Valgioie, Val de Suse) et Honoré Pente (de Villar Focchiardo) qui habitent Lachenal.
Parmi les ardoisiers déjà présents en 1906, on note la présence de Battista Chiariglione (chez Girard) au Chef-Lieu, de Laurent Chiaberto (chez Tardy) au Martinan et de Charles Pepey (chez Tardy) au Martinan. De nouveaux ardoisiers sont recrutés. Chez Claude Girard on note la présence, au Chef-Lieu, de Michel Pecchio et Jacques Chiariglione (originaires Chialemberto, vallée Valgrande) et de Michel Miletto (de Villar Focchiardo), et, à Nantchenu, de Honoré, Alfred et Émile Baritello, de Sylvio Rocci et de Riccardo Votta tous de Villar Focchiardo (la famille de Riccardo Votta fera souche dans le canton).
Chez Joseph Tardy on dénombre plusieurs Colognons : Julien Pepey, Émile Martin-Cocher, Emmanuel Long, Jules Martin-Cocher (tous du Martinan), Benoit Favre (Bonté ?), Charles Paret-Peintre, Laurent Lauminy (tous de Lachenal), et quelques Piémontais : Pierre Vénéra (de Chialemberto dont la famille fera souche dans le canton), Henri Regino, Jean Moreggia (de Turin) et Pierre Chianale (de Chialemberto dont la famille fera souche à Saint-Étienne-de-Cuines) tous à Lachenal.

Le transport fait toujours partie intégrante des exploitations. C’est Claude Girard qui a mis son fils Camille à la tête de l’entreprise ; il emploi 4 chauffeurs : Barthélémy Cretet (originaire de Saint-Alban-d’Hurtières) et 3 Piémontais : Charles et Angelo Rumiano (de Villar Fochiardo) et Osmino Davoli (qui fera souche aux Villards).
L’année 1921 voit une expansion maximale des carrières. On dénombre à Saint-Colomban 36 ardoisiers et 1 seul mineur (Marius Tardy à Lachenal chez son père Joseph). De plus on compte de nouveau un troisième employeur : Jacques Favre-des-Côtes reprend son exploitation (en compagnie de Claude Girard et Joseph Tardy). Aucun ouvrier recensé en 1911 n’est présent, excepté les Piémontais Pierre Vénéra et Jean Moreggia. Fait nouveau on dénombre de nombreux Colognons travaillant dans les ardoisières. Chez Claude Girard on identifie Colomban Favre-Nicolin aux Roches, Antoine Rey (originaire de Salins en Tarentaise) au Châtelet, Emmanuel Long aux Roches, Charles Laurent Pepey et ses fils Julien, Eugène et Henri à Lachenal, Séraphin Martin-Cocher au Martinan, Laurent Chiaberto (Piémontais originaire de Villar Fochiardo), Emmanuel Sailler-Recordon au Martinan, Zacharie Martin-Cocher au Martinan, Sylvio Rocci (Villar Fochiardo), Ambroise Rumiano (Villar Fochiardo), Pierre Combet au Chef-Lieu et Ernest Miletto au Chef-Lieu (Villar Fochiardo) soit 15 ardoisiers.

Chez Joseph Tardy on identifie la présence de Pierre Joseph Favre-Bonté et son fils Jacques, de Emmanuel Favre-Mot, Séraphin Lauminy, Félix Tardy (chez son père), Joseph Favre, Benoit Martin-Fardon et Pierre Vénéra (tous de Lachenal), de Joseph Bozon et son fils Joseph (Martinan), de Pierre Métante (Piémontais de Suse), Michel Miletto (Villar Fochiardo) à Nantchenu, et Jean Martoia (Villar Fochiardo) au Chef-Lieu, soit 13 ardoisiers. Chez Favre-des-Côtes on identifie Louis Emmanuel Favre-Teylaz et son fils Emmanuel (Les Roches), Joseph Martin-Fardon, Jacques Emmanuel Favre-Novel, Jean Moreggia et son fils Ernest (tous à Lachena), et de Jean-Baptiste Favre-Bonté et son fils Benoit du Martinan, soit 8 ardoisiers.
Camille Girard dirige toujours l’entreprise de transport avec comme chauffeurs 3 Piémontais : Joseph Martoia, Angelo Rumiano (Villar Fochiardo) et Maxime Beltramo (originaire de Luserna San Giovanni, province de Pinerolo).
En 1926, il y a toujours une exploitation notable des ardoises (bien qu’en baisse) avec une petite modification au niveau des employeurs : Jacques Favre-des-Côtes et Joseph Tardy sont toujours présents, mais Camille Girard (fils de Claude, décédé en 1923) s’est associé avec Pierre Combet des Roches qui a épousé Louise Girard, fille de Claude Girard et sœur de Camille… Les carrières emploient encore 16 ardoisiers et 10 mineurs.
Chez Claude Girard et Pierre Combet : Emmanuel Bozon et Colomban Favre-Nicolin (des Roches), Jacques Emmanuel Favre-Novel, Séraphin Martin-Cocher, Laurent Chiaberto (un Piémontais) et Julien Pepey (du Martinan), Jean-Louis Moreggia (Piémontais, de Lachenal), Dominique Chiariglione (Piémontais) et Pierre Martin-Garin (du Châtelet), soit 9 ouvriers. Rajoutons 6 mineurs : Eugène Joseph Martin-Fardon du Chef-Lieu, Antoine Bertetti (originaire de Bairo, province de Castellamonte), Pierre Métante (Piémontais de Suse), Joseph Girard (de La Pierre), Antoine Rey et Jean-Baptiste Favre-Teylaz (du Châtelet).
Chez Favre-des-Côtes : Joseph Martin-Cocher et Jean-Pierre Mollaret (des Ponts), Emmanuel Long (des Roches) et Benoit Martin-Cocher (du Châtelet), Barthélémy Vénéra (Piémontais, du Châtelet), soit 5 ouvriers. Rajoutons 1 mineur : Emmanuel Martin-Cocher des Ponts. Chez Tardy : Emmanuel Favre-Tissot et Zacharie Martin-Cordier (du Martinan) soit 2 ouvriers. Ajoutons 3 mineurs : Marius et Félix Tardy et Jacques Frasse tous les 3 de Lachenal.
Le transport est effectué par la veuve de Claude Girard (Philomène Favre-Nicolin) qui emploie 3 chauffeurs : Barthélémy Cretet et Maxime Beltramo, déjà cités, et Emmanuel Martin-Cocher (Chef-Lieu).

L’année 1931 amène un véritable changement car l’activité périclite et il n’y a plus qu’un seul exploitant : Tardy qui emploie 5 ardoisiers : Marius Tardy (du Chef-Lieu), Julien Martin-Cordier (Lachenal), Colomban Favre-Nicolin (Les Roches), Julien Pepey (Martinan) et Pierre Joseph Martin-Garin (Châtelet).
Le recensement de l’année 1936 confirme ce recul puisque seulement 3 mineurs (tous de Lachenal) sont identifiés avec comme employeur Tardy : Séraphin Favre-Croix, Félix Tardy et Jacques Frasse. En fait il s’agit d’une pause dans l’exploitation… puisque après la guerre l’activité reprend un peu. En 1946 c’est Ernest Girard (fils de Charles) qui poursuit l’exploitation avec 10 ardoisiers : Gabriel Martin-Cocher et Alphonse Martin-Garin (tous les 2 du Châtelet), Jacques Émieux (Lachal), Emmanuel Favre-Mot et Louis Martin-Fardon (tous les 2 de Lachenal), Jacques Favre-Novel, Pépin Martin-Cocher, Emmanuel Sailler-Recordon, Julien et Albert Pepey (tous les 5 du Martinan). Un mineur est identifié : Alexandre Girard (La Pierre), qui exerce aussi le métier de cultivateur…
À la fin des années quarante, ils ne sont plus qu’une demi-douzaine et, au tournant des années 2000, le débit d’exploitation n’est plus que d’une petite centaine de mètres cubes par an…

Au terme de cette enquête sur la main d’œuvre aux carrières d’ardoises des Villards, laissons la conclusion à Pierre Bozon : « Pendant un bon demi-siècle, les carrières ont fait circuler de l’argent frais et stimulé le commerce suscitant la fondation d’épiceries au Martinan (Martin-Cocher) et à Lachenal (Tardy) et faisant les beaux jours des nombreux cafés de la vallée. Elles enrayèrent la chute de la population qui aurait été encore bien plus grande. Mais ce ne fut qu’un sursis. Le déclin puis la fermeture des ardoisières furent l’une des causes qui parmi tant d’autres contribuèrent à la décadence démographique du pays des Villards. » (*)
Philippe De Mario
__________________________________________________________
(*) Pierre Bozon, Les Ardoisières des Villards au début du siècle. I : l’aspect humain, Le Petit Villarin numéro 27 (mars 1979).↩︎
