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Lancement de la restauration de l’église de Saint-Colomban
Christine Frasson-Botton : « Je voudrais la voir belle ! »

Des travaux ont commencé le 6 juillet dernier dans l’église de Saint-Colomban-des-Villards. Ils devraient prendre fin le 7 août pour donner le temps à des bénévoles – ils seront une quarantaine – de nettoyer l’intérieur de l’édifice (dont plusieurs éléments du mobilier ont été protégés ou placés à l’abri de la poussière), et aux chorales de se préparer pour l’office du 15-Août.

Pour Christine Frasson-Botton, présidente de l’association Notre Clocher qui a mis cette restauration patrimoniale à l’ordre du jour des préoccupations communales, « ces travaux d’urgence s’inscrivent dans un ensemble de travaux absolument indispensables pour la sauvegarde de l’église ». Un chiffrage complet des travaux sera donné par l’architecte, Thomas Bricheux, en octobre prochain, « ce qui permettra à la commune de lancer les appels d’offres. »

Cette première tranche comprend 5 lots : du terrassement et des travaux de voierie et de réseaux divers (lot attribué à l’entreprise Martoïa pour 21 800 euros HT), de la maçonnerie avec installations du chantier (entreprise Jacquet, 34 000 euros HT), la toiture du clocher (entreprise Maindron Eurotoiture, 29 000 euros HT), la protection contre la foudre (entreprise Indelec, 6 900 euros HT), les menuiseries (porte de l’issue de secours, entreprise MDE Chazaud, 5 300 euros HT). Soit un total de 100 000 euros HT si l’on ajoute 3 000 euros HT de balisage, un montant qui correspond en gros au chiffrage effectué par la commune il y a quelques mois.

Dans ce chantier, trois points sont très importants : l’assainissement du bâtiment, la toiture du clocher, l’ouverture d’une issue de secours.

L’assainissement du bâtiment

La présidente de Notre Clocher résume la tâche : « Il y a du salpêtre partout. Donc l’idée, globalement, aujourd’hui, est que pour sauvegarder le bâtiment, il faut enlever toutes les parties des murs recouvertes de salpêtre, de les piquer. C’est un gros travail et ça fait un énorme nuage de poussière. Mais l’entreprise Jacquet est vraiment spécialisée dans la restauration de bâtiments historiques et patrimoniaux et ça se passe très bien. Parfois le ciment n’a pas été atteint par le salpêtre mais nécessitera quand même une intervention. » Au cours de ces opérations, les peintures des bas-reliefs n’ont pas pu être sauvées. L’architecte du patrimoine les a alors photographiées pour en conserver la trace.

■  Assainissement de l’intérieur des murs. – (Photos Notre Clocher.)

L’extérieur du mur de l’église, côté ouest (Frumezan), a également était décapé. Christine Frasson-Botton : « J’ai demandé à la mairie de faire un constat d’huissier sur ce mur côté montagne qui était plein de salpêtre trempé. Pour l’assainir parfaitement, on aurait besoin de reculer de 3 mètres la limite du terrain limitrophe pour poser des drains supplémentaires. C’est en attente de l’accord des propriétaires. Du coup, le 1er lot, terrassement et VRD est aussi en attente et ne sera pas réalisé dans cette 1re tranche de travaux. En attendant, l’entreprise a enlevé tout le gros crépi du mur pour qu’il respire et que l’humidité s’en aille. »

■ Assainissement de l’extérieur du mur côté ouest du bâtiment. – (Photo Notre Clocher.)

Pour contribuer à l’assainissement, il va falloir impérativement colmater une brèche qui s’est créée à la base de la croix sommitale située au-dessus de l’entrée et par laquelle des infiltrations d’eau tombent sur la tribune. Cette croix d’origine est bien scellée, mais récemment la partie interne de l’une des extrémités tréflées de sa traverse est tombée…

■ Morceau de la croix sommitale tombé au sol.  – (Photo Le Petit Villarin.)

Dans le même ordre d’idée, un volet de bois a été posé pour fermer une ouverture qui donne directement au-dessus de la sacristie ce qui avait créé des dégâts des eaux. Christine Frasson-Botton : « On n’a accès à ce volet que par l’extérieur, pas par la sacristie. Mais j’ai demandé que l’architecte chiffre un accès par la sacristie qui permettrait aussi de monter au-dessus de la voûte du chœur, quand on devra aller visiter, c’est important. »

Ouverture d’une issue de secours

Compte tenu des normes actuelles, l’église, aujourd’hui, telle qu’elle est, ne peut recevoir que neuf personnes. « Neuf personnes car l’édifice n’a qu’une entrée-sortie, indique Christine Frasson-Botton. Pour recevoir 220 personnes, il faut créer une issue de secours. Nous avons 330 places assises, et le 15 août, il y en a naturellement davantage. Mais avec la présence de pompiers on peut accepter 330 personnes. »

■ L’église de Saint-Colomban : 330 places assises. – (Photo Le Petit Villarin.)

La mairie, alertée par l’architecte, a été rapidement convaincue de la nécessité d’ouvrir une issue de secours, et ceci d’autant plus que Jean-Baptiste Brosson, conseiller municipal, qui est pompier et possède des agréments de sécurité renforcés dans le cadre de son travail au tunnel du Fréjus, avait déjà pleinement sensibilisé ses collègues sur cette question.   

« Des études ont été faites pour sortir par les issues qui existaient déjà côté route, explique la présidente de Notre Clocher. Mais ça nécessitait un déport sur la départementale qui était trop important et donc trop dangereux et difficilement concevable pour les services du département. L’idée de sortir côté montagne a également été avancée mais, pour la réaliser, il aurait fallu, là aussi, acquérir le terrain contigu pour pouvoir protéger cette issue par un mur paravalanche comme cela a été fait pour la Maison du tourisme, et c’était coûteux. »

■ L’issue de secours ouverte côté cure. – (Photo Le Petit Villarin.)

Finalement une issue de secours a été ouverte dans le clocher par l’entreprise Jacquet. Sa porte sera en mélèze des Alpes. Ce sera une sortie poussée, équipée d’une barre anti-panique qui s’ouvrira par une simple pression vers l’extérieur. Ce mécanisme permet une évacuation rapide et sans clé. Elle ne pourra pas s’ouvrir de l’extérieur. « À l’intérieur, si nécessaire, précise Christine Frasson-Botton, on fera une petite rampe pour passer du niveau de la nef à celui du chœur. »

Plus tard, l’accès au sommet du clocher devra être sécurisé en créant des paliers intermédiaires parce que les échelles actuelles aux barreaux de bois fragiles ou manquant ne sont pas très rassurantes… Plus tard également, l’entrée principale sera aménagée (par modification du parvis) pour permettre l’accès du bâtiment aux personnes à mobilité réduite.

La toiture du clocher

Christine Frasson-Botton relève la qualité du travail réalisé par l’entreprise Maindron Eurotoiture dans ce domaine : « Ils ont fait un travail remarquable, devant et derrière le toit, pour des reprises, et surtout sur le clocher où ils ont retiré, perchés sur une nacelle, les ardoises une à une en tournant autour du clocher. Les ardoises étaient toutes feuilletées et s’effritaient au toucher. Seules un centaine d’entre elles sur les 5 125 qui recouvraient le clocher étaient dans un bon état. » Le plancher support des ardoises serait en assez bon état sur la partie sommitale qui est pentue, mais plus dégradé sur la partie inférieure où la pente est plus douce. « Actuellement, un bâchage provisoire recouvre le clocher, indique Christine Frasson-Botton, et nous ferons tout au niveau de l’association pour que ce provisoire dure le moins longtemps possible. » Pour le recouvrir, les ardoises proviendront d’Espagne (où l’architecte doit se rendre pour s’assurer qu’elles seront de la même veine) car les ardoises angevines sont désormais réservées à la couverture des bâtiments nationaux. (Sur la précédente rénovation du toit du clocher, lire ci-dessous.)

■ Ardoise retirée du clocher, feuilletée et friable. – (Photo Le Petit Villarin.)

Afin que cette restauration de la couverture du clocher (qui coûtera probablement plus de 200 000 euros) se fasse au plus tôt, il y a deux ans, l’association Notre Clocher a lancé un mécénat participatif par lequel tout Villarin peut devenir mécène en dédicaçant « pour lui-même ou à des personnes qui lui sont chères » une ou plusieurs des ardoises qui seront posées sur le clocher par le charpentier qui aura été retenu après l’appel d’offres lancé par la commune. Christine Frasson-Botton : « Un numéro et des initiales seront inscrits à la peinture indélébile sur chaque ardoise parrainée, une dédicace par ardoise, et une photo de chaque dédicace sera faite au moment de la pose des ardoises sur le clocher et remise au souscripteur. » À ce jour, quelque 325 ardoises ont été parrainées.

Le suivi des lézardes qui fissurent le bâtiment

Bien que les témoins installés dans l’église en 2016, suite au rapport Jamain, n’aient pas bougé (sauf un dont le mouvement a été mesuré à deux millimètres entre l’hiver 2022-2023 et l’été 2023, ce qui est insignifiant), la structure continue d’être observée.

C’est ainsi qu’à la demande de l’association Notre Clocher, la société Shéma, qui travaille au réaménagement de la retenue de Lachal, a posé des capteurs supplémentaires afin d’enregistrer les conséquences éventuelles du passage de ses camions (sur la portion de route départementale qui longe l’église) lors de la phase d’évacuation des matériaux excédentaires de son chantier. Des capteurs ont ainsi été posés à l’extérieur, côté cure.

■ Capteur posé au bas du mur nord du bâtiment. – (Photo Le Petit Villarin.)

À l’intérieur de l’église, des capteurs ont été placés sur la maçonnerie qui encadre les vitraux situés derrière l’autel et dont le ciment présente déjà des fissures… Le système est conçu pour que la mairie et Christine Frasson-Botton soient immédiatement alertées si des mouvements importants surviennent comme ce fut le cas dans la nuit du 22 au 23 novembre dernier quand un chasse-neige est passé au ras des capteurs placés à l’extérieur…

■ Vitrail situé derrière l’autel (fissures et capteur). – (Photos Le Petit Villarin.)

Des sondages dans le carrelage du chœur vont être effectués, et un géotechnicien a réalisé 7 percements pour sonder les sols en différents endroits de l’église. « Ce qui permet d’affirmer aujourd’hui qu’elle ne bouge plus » conclut Christine Frasson-Botton.  

Une association dynamique

Créée en 2021, l’association Notre Clocher compte aujourd’hui plus de 300 membres. En seulement 5 ans d’existence, elle est ainsi devenue la plus importante de la vallée. « Ça ne va pas assez vite pour moi, affirme la présidente de Notre Clocher, mais ça va le faire. C’est bien parti. »

Le 9 août prochain, comme elle le fait chaque été, l’association invite les Villarins à une rencontre champêtre sur le parvis de l’église, une occasion de partager avec les adhérents et de valoriser son objectif car Christine Frasson-Botton, qui est présente à toutes les réunions de chantier, est déterminée – le mot est faible… – à ce que cette restauration aille à son terme : « La municipalité prend le problème du bon côté en faisant d’abord des demandes de subventions auprès l’État, de la région Auvergne-Rhône-Alpes et du département de la Savoie, même si l’idée de passer par la fondation du patrimoine reste en suspens, ce que je regrette. »

Le maire, Stephan Pezzani, devrait préciser, le 9 août, l’engagement de la nouvelle municipalité sur cette rénovation d’envergure et coûteuse (il y un plus d’un an, on parlait d’un million d’euros…) qui s’étalera forcément sur plusieurs exercices budgétaires. « Oui, ce chantier est difficile et coûteux, concède Christine Frasson-Botton, mais maintenant que je suis engagée dans la restauration de cette église, je ne la lâcherais pas car je voudrais la voir belle ! » 

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■ La photographie de « Une » est de l’association Notre Clocher.

Rénovation de la toiture du clocher :
1933, 1988, 202?…

La précédente restauration de la toiture du clocher date de l’été 1988. La maçonnerie avait été confiée à l’entreprise Arnoul (dont le dirigeant était marié avec une fille originaire des Roches et du Premier-Villard) et la charpente à Jean-René Bozon-Viaille qui avait utilisé des ardoises prises chez Paul Girard.

Au cours de ces travaux et alors qu’il retirait les ardoises en place, Jean-René Bozon-Viaille a eu la surprise de découvrir sur les planches l’inscription suivante : « Vive la classe 32 – Truchet Fernand – Saint-Pancrace – Saint-Jean-de-Maurienne – Savoie. Réparé ce clocher le 1er septembre 1933. 50 jours de la fuite pour le régiment. »

Intrigué et curieux Jean-René Bozon-Viaille a recherché et retrouvé Fernand Truchet, et celui-ci, âgé de 75 ans en 1988, est revenu au Chef-Lieu durant les travaux pour voir le clocher qu’il avait jadis « régotéyer »(*).

Tout heureux, il avait confié à Jean-René Bozon-Viaille quelques-uns de ses souvenirs (**) : « J’ai travaillé pour un Henri Vial de Saint-Jean, décédé accidentellement il y a une dizaine d’années. Nous étions deux ouvriers : moi-même et Louis Col de Saint-Jean. Je suis resté six ans chez Monsieur Vial qui a couvert le séminaire de Saint-Jean en 1940. J’ai fait mon service à Modane au 71e BCA. »

■ Évolution pour accéder à la toiture du clocher, de 1988 à 2026… – (Photos X. et Notre Clocher.)

Concernant son travail sur le clocher, il avait précisé : « Lors de la réparation du clocher de Saint-Colomban, j’avais 20 ans. En arrivant le patron n’a pas voulu sortir (sur le toit du clocher), Louis de même car « je suis marié » a-t-il dit, donc c’est moi qui suis sorti car j’étais célibataire. Nous avons travaillé deux jours et changé 250 à 300 ardoises qui provenaient de Saint-Julien. Le curé de l’époque, le curé Gros, faisait des prières en bas, près du cimetière. J’ai été maire de Saint-Pancrace de 59 à 74. »

Fernand Truchet avait indiqué comment il avait procédé pour remplacer les ardoises : « J’étais sorti par les luisiers (***). J’étais sur une petite échelle et l’on me retenait par une corde, de l’intérieur. » 

Et l’histoire continue… En retirant les ardoises du clocher, les couvreurs de l’entreprise Maindron Eurotoiture ont découvert une plaque de tôle portant les initiales de Bernard et Jean-René Bozon-Viaille avec l’inscription : « 16 juin 1995 posé les tôles rebord clocher ».

Que dira la prochaine épigraphe ?↩︎

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(*) Regotoyer en français local du XVIIe siècle signifie remanier les ardoises (ou les tuiles) d’un toit. En patois villarin : régotéyer.↩︎
(**) Anecdote publiée dans Le Petit Villarin numéro 65, septembre 1988.↩︎
(***) Ouverture qui donne sur le toit d’un clocher.↩︎

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