Tribune libre

Scrutin des petites communes : qui veut la peau des Municipales ?

Scrutin des municipales, mars 2026 : 23 700 communes de France, sur 34 875, n’ont eu qu’une seule liste de candidats (N. D. L. R. : lire l’encart ci-dessous). Dans plus de 2/3 des communes de France le seul choix était le vote « liste entière », l’annulation du bulletin ou le bulletin blanc. Sachant que les bulletins blancs ne sont pas comptabilisés comme suffrages exprimés, dans 68 % des communes de France, la liste unique a recueilli… 100 % des suffrages exprimés. Bigre. Des pays connaissant ce type de phénomène furent, dans l’Histoire, qualifiés de dictatoriaux. Au soir du dépôt des listes, on pouvait donc dire qu’on connaissait déjà le nom du ou de la maire, avant l’élection. (Pas tout-à-fait cependant, car pour brouiller un peu la lisibilité du scrutin, la stricte alternance paritaire des candidats aboutissait à ce que le candidat tête de liste ne soit pas forcément le candidat à la fonction de maire. Il fallait décrypter.)

On a quand même connu mieux en termes de démocratie dans notre France républicaine que cet effet de la loi du 21 mai 2025, qui dans les communes de moins de 1 000 habitants a mis fin à la possibilité d’ajouter ou de rayer des noms sur les listes de candidats aux élections municipales. L’Association des maires ruraux de France se réjouit de voir s’installer une « logique de rassemblement autour d’un projet communal ». Bigre, bis. Serait-ce que nous ne vivons pas tous la même ruralité ? Car le mode de scrutin qui permettait de déposer des candidatures individuelles ou celles de toutes petites équipes n’entravait absolument pas la réflexion collective d’élus regroupés sur un même bulletin. L’ignorer, c’est sous-estimer gravement l’intelligence collective de la ruralité. Pour qui nous prend-on ?

Les citoyens choisissaient, entre candidats isolés et candidats groupés. Si des rancunes tenaces, voire ancestrales, s’exprimaient parfois de façon négative, une forme de sagesse populaire savait tenir compte des motivations des postulants à agir dans l’intérêt général. Et devant la réalité de la vie quotidienne des communes, au fil des mandats, nombre de votes et d’actions unanimes se concrétisaient, même si demeuraient des débats et des points de crispation. Crispation que le nouveau mode de scrutin ne fera pas disparaitre. J’en suis à ma 4e élection municipale, c’est la première fois que je vois apparaître, les résultats du 1er tour à peine enregistrés, une circulaire sur le mode de démission des conseillers municipaux avant l’élection du maire. Sans parler de ce cas pittoresque que l’on m’a décrit : dans un village de Côte-d’Or, devant la difficulté de constituer deux listes paritaires, deux ennemis jurés qui se sont battus (physiquement) il y a deux mois, se sont placés de concert sur la liste unique. Sport à l’horizon ?

Le législateur voulait « harmoniser » le mode de scrutin aux élections municipales. Selon moi, il a créé une nouvelle fracture entre villes, métropoles, et zones rurales. Car en ce dimanche 22 mars où j’écris ce texte, on vote à Paris, à Lyon, à Marseille, à Grenoble, à Toulouse… On ne vote pas en Maurienne, on ne vote pas en Mayenne… Pliés, les petits scrutins, au 1er tour. Comme me l’a dit un électeur, qui avait cependant fait quelques centaines de kilomètres pour venir voter et je l’en remercie vivement, « c’est une simple formalité, cette élection ». Aux grandes villes, les grands débats ? Voudrait-on transformer en simple gestionnaires de pénurie les élus des petites communes, contraints, compte tenu des complications administratives grandissantes et du manque de moyens, d’envisager non pas des mutualisations consenties mais des fusions forcées ?

Nos législateurs français n’ont guère pour coutume de reconnaître l’erreur une fois qu’elle est faite. Le retour à un scrutin majoritaire plurinominal ne sera peut-être pas à l’ordre du jour, non conforme aux orientations de ceux qui nous gouvernent. Il faudra cependant analyser finement le taux d’abstention dans les petites communes et en tirer conséquence. En tout état de cause, des évidences s’imposent cependant : les bulletins blancs doivent être comptabilisés comme suffrages exprimés (ce pour toutes les élections, mais ces municipales sont la démonstration parfaite de la légitimité de cette demande), et le candidat connu à la fonction de maire doit pouvoir être clairement identifié par les électeurs sur les  listes de candidats.

Pour conclure, une nouvelle fois, merci aux Villarins, encore venus voter à plus de 73 % !  Envers et contre tout, qu’ils ne doutent pas du dynamisme et de l’engagement des élus municipaux !

Jacqueline Dupenloup

Liste unique aux municipales :
d’autres cas aux Villards ?

Jusqu’à quand faut-il remonter aux Villards pour retrouver des élections municipales avec une seule liste de candidats en présence comme ce fut le cas lors du scrutin du 15 mars 2026 ?

Pour Saint-Alban-des-Villards, les données disponibles à ce jour sont lacunaires, notamment pour les élections de 1953, 1959, 1965 et 1971 durant lesquelles Jules Darves-Blanc, élu maire en 1947, fut réélu 4 fois maire. Nous n’avons aucune information déterminante non plus pour les élections de 1983. Cette année-là, Maurice Chabrier fut réélu au 1er tour à la tête d’une liste qui comprenait : Gilbert Quézel-Ambrunaz, Hubert Capelli, Joël Cartier-Lange, Jacques Darves-Blanc, Ulysse Darves-Blanc, Camille Darves-Bornoz, Armand Frasson-Gorret et Annie Ritter. Ces élus avaient obtenus entre 87 et 102 voix sur 114 suffrages exprimés, ce qui laisse supposer qu’il n’y avait probablement pas de seconde liste ni de candidats isolés. Mais la preuve manque…

À Saint-Colomban-des-Villards il faut remonter à 1947 ou 1945 pour trouver un tel cas de figure. En 1945, il n’y avait qu’une seule liste comme le relate l’Écho paroissial de Saint-Colomban-des-Villards (numéro de mai-juin 1945) : « (Les élections) se sont effectuées dans le plus grand calme et sans bataille, une seule liste ayant été constituée. Tous les candidats ont été élus au premier tour. À noter le beau succès de Jacques Tardy, maire sortant, avec 205 voix sur 225 votants. Il a été élu maire par 10 voix sur 12. Les autres conseillers sont : Julien Martin-Cordier, adjoint, Séraphin Bellot-Mauroz, Benoît Favre-Bonté, Emmanuel Favre-Mot, Jacques Favre-Novel, Séraphin Girard, Jacques Darve-Bornoz, Benoît Favre-Nicolin, Alexandre Bozon, Joseph Martin-Fardon et Colomban Girard. » En 1947, Jacques Tardy a été réélu. Mais nous ne savons pas s’il y avait une ou plusieurs listes, ou une liste et des candidatures isolées.

Depuis ces deux scrutins d’immédiat après-guerre, il y a toujours eu, à Saint-Colomban-des-Villards, deux listes complètes en compétition ou une liste complète et des candidats isolés en nombre variable de 1 à 5. En 1959, il y a même eu deux listes complètes et une liste de deux candidats (« liste modératrice des anciens », dont le maire sortant Jacques Tardy) qui a recueilli 23 voix…

Le Petit Villarin

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