Vœux municipaux à Saint-Colomban-des-Villards
Pierre-Yves Bonnivard : « Le rétablissement de la liaison Sybelles n’est plus possible »
Environ soixante-quinze personnes ont assisté le 31 janvier dernier aux vœux municipaux dans la salle des fêtes de Saint-Colomban-des-Villards (*). Comme attendu, le maire a démarré son discours par la situation du domaine skiable qui a été la principale préoccupation de la municipalité durant ce mandat qui s’achève, tout particulièrement ces derniers mois.
Domaine skiable : la fin de la liaison Sybelles
Pierre-Yves Bonnivard : « Pour des raisons juridiques, avec le rapport de la chambre régionale des comptes Auvergne-Rhône-Alpes de juillet 2024 et l’assignation de la commune au tribunal administratif en juin 2025, toujours en cours ; pour des raisons réglementaires, avec la fin de la délégation de service public (DSP) assurée par SSDS jusqu’au 30 novembre 2025 et l’absence d’exploitant pour reprendre le domaine malgré le lancement de deux appels à candidature en 2025 ; et, enfin, pour des raisons économiques et financières avec un domaine skiable structurellement déficitaire depuis son origine et la nécessité d’une subvention communale d’équilibre qui a fini par atteindre un million d’euros l’an dernier, le domaine skiable de Saint-Colomban-des-Villards a vu sa liaison avec le domaine relié des Sybelles ne plus pouvoir fonctionner à compter de la saison d’hiver 2025-2026. »
Sur un ton plus solennel et en pesant bien ses mots, le maire de Saint-Colomban a continué ainsi : « Je peux vous affirmer que tout a été fait pour maintenir notre domaine skiable au sein des Sybelles et que toutes les options possibles ont été étudiées. Mais cette situation était devenue inévitable au regard de toutes les contraintes, fortes, que je viens de vous rappeler et dont certaines, au fond, pèsent sur le domaine skiable et la commune depuis la première DSP signée en 1998, avec sa clause de pénalités pour lits non construits, et la non-application de la clé de répartition des recettes encaissées sur le domaine relié. »

Reconnaissant que « cette situation était difficile et douloureuse pour tous », Pierre-Yves Bonnivard a conclu ce constat en déclarant : « Le rétablissement de la liaison n’est plus possible, et je vais vous faire une confidence que certains élus peuvent confirmer : quand j’ai compris qu’on n’aurait plus la liaison, j’en ai pleuré. J’en ai pleuré et ce soir, je vais essayer de contenir mes émotions. » Enchaînant, il a alors jugé « qu’il était devenu nécessaire de bâtir un nouveau modèle économique, plus responsable et plus durable, avec l’ensemble des acteurs et des socioprofessionnels », précisant :« C’est ce qui a été entrepris en fin d’année 2025 en maintenant une activité ski très attractive et unique cet hiver. (…) Pour cela, il a fallu s’adapter. C’est la raison pour laquelle nous avons mis les moyens et une énergie considérable pour ouvrir la partie basse avec le tapis de l’Ourson et les téléskis de l’Épinette et de Rogemont. Cependant, faute de neige naturelle et devant l’impossibilité de produire de la neige de culture avant le 29 décembre, le domaine skiable n’a pu ouvrir qu’à partir du 2 janvier 2026 au lieu du 20 décembre 2025 comme initialement prévu. À ce jour, ce sont 24 000 m3 d’eau qui ont été utilisés sur les 39 000 m3 autorisés. Finalement, sans faire payer de forfait et en laissant libre accès aux remontées mécaniques, conditions exceptionnelles et innovantes, le déficit du 1er janvier au 31 mars 2026 est évalué à 140 000 euros contre un million en 2025. Ce qui permettra de dégager 860 000 euros dans le prochain budget communal pour faire autre chose. »
Sur cette ouverture du bas du domaine skiable, Pierre-Yves Bonnivard a salué « l’implication de Catherine Bouchage pour son aide administrative dans le montage de la régie, qui est une entreprise, et tout ça, en moins de 3 mois. Il faut aussi souligner l’engagement du personnel des remontées mécaniques et noter qu’il n’y a pas eu de plan social, tous les salariés qui le souhaitaient ayant été repris. »
Annonçant que « des engagements étaient déjà pris pour 2026 qui ne pouvaient pas attendre notamment au regard de la sécurité des personnes et des biens », le maire a ensuite commenté les réalisations municipales de l’exercice 2025.
Environnement, sécurité, urbanisme, école
• La commune a diminué sa consommation d’énergie en éclairage public en remplaçant les ampoules énergivores de Valmaure, Lachal, Lachenal et le Chef-Lieu par des LED (pour un coût de 38 235 euros TTC) et optimisé le tri sélectif à la déchetterie intercommunale avec de nouveaux horaires, une nouvelle signalétique d’information et l’installation d’un chalet pour abriter le gardien. Au sujet de l’entretien de la forêt, le maire a souligné la bonne entente entre la commune et l’ONF rendant au passage hommage à Gilles Guillermand, agent ONF, présent dans la salle, qui va prendre sa retraite cette année après 28 ans passés aux Villards…
• Suite « aux laves torrentielles centenales » de juin dernier qui ont endommagé la traversée de Lachal et sinistré quatre habitations, la commune a réalisé des travaux d’urgence et de mise en sécurité, et soutenu le « formidable élan de solidarité qui s’est spontanément constitué pour aider les sinistrés ».
• La commune a « arrêté un périmètre à urbaniser à La Sausse pour y construire, à l’horizon 2027, entre 10 à 14 logements pour des résidents permanents ». Le PLU sera modifié en 2026. Après 10 ans de procédure la commune a démoli le bâtiment G et acquit 900 m² de terrain alentour.

• Des étude géotechniques (pour 35 000 euros TTC) ont été engagées pour contrôler l’évolution des déformations de la chaussée de la route de La Pierre dont l’enrobé a été repris tout en maintenant une surveillance visuelle d’éventuelles déformations… Ont été également réalisés des marquages au sol (ralentisseurs, passages piétons, places de parking, parking de l’OPAC, le tout pour 9 859 euros TTC). Enfin, la commune a remis en service les feux de détection d’avalanches (de Lachenal, Charnette et Martinan), qui ne fonctionnaient plus, abandonnés par le département, en installant une alimentation solaire et en supprimant des fils aériens (11 430 euros TTC).
• La commune a apporté « tout son soutien à la société Shéma qui a œuvré au démantèlement de la retenue de Lachal, à la chenalisation du Glandon avec une nouvelle prise d’eau, et à l’intégration paysagère du site en collaboration avec les riverains ». La commune a également « proposer une solution pour l’évacuation et la valorisation des matériaux de chantier dont le volume était chiffré à près de 71 000 m3 début décembre ».
• Enfin le maire a souligné le rôle du CCAS (« avec l’an dernier voyage de 49 aînés et distribution de 73 colis de Noël ») et les efforts « qui ne sont pas comptés » pour l’école intercommunale pour laquelle la commune de Saint-Colomban-des-Villards dépense environ chaque année 110 000 euros en charges de fonctionnement (personnels, entretien, sorties, etc.).
Tourisme : engager la diversification
Revenant sur le tourisme, le maire a rappelé la création d’un office de tourisme (OT) intercommunal (Terres de Maurienne) « qui permettra une mutualisation des moyens humains et financiers ». Il a rappelé le litige avec la société À la Croisée des chemins qui est en redressement judiciaire, la rupture du contrat avec Olydéa pour la gestion de La Perrière et l’arrivée d’un nouvel exploitant (Vacancéole). « J’en profite pour dire aux hébergeurs, grands ou petits, que quand on leur demande leur taux de réservation ce n’est pas pour faire du flicage, c’est juste pour que l’OT et les commerçants puissent se préparer car on constate que cet hiver on est sur de la réservation de dernière minute, et les professionnels ne se préparent pas pareil si le taux de réservation est de 10 % ou de 70 %. »
Des gîtes ont été aménagés et rénovés et une peinture antirouille a été passée sur les toits d’un gîte à Martinan et de l’ancienne caserne à Lachenal. La commune a mis aux normes les installations (et acheté du matériel) de la salle hors sac qui a été mise à la disposition des gérants de l’Auberge du Coin pour créer une offre de restauration sur le front de neige. « Et cette activité est plutôt une réussite compte tenu de la nouvelle configuration du domaine skiable. » La fréquentation estivale du plan d’eau est montée cet été jusqu’à 8 150 personnes. La buvette-snack-bar du Clos a été ouverte pendant l’été. La gérante ne reviendra pas et un nouvel appel à candidatures va être lancé. Enfin le tennis a été rénové (30 000 euros TTC).
Le maire a terminé cette partie en disant : « D’une manière plus générale, nous avons lancé un programme de diversification pour renforcer l’attractivité du territoire, imaginer de nouvelles activités et générer de nouvelles ressources avec la création d’une commission communale ouverte à tous qui s’est réunie à 8 reprises à ce jour et qui a déjà validé de nouveaux parcours de sentiers pour randonnées à raquettes, balisés et sécurisés, ce qui est important pour une clientèle qui est probablement en train de changer. »
Une situation financière « hors normes »
Pierre-Yves Bonnivard a achevé son intervention en faisant le point des finances communales : « En moyenne, chaque année, les recettes de la commune sont de l’ordre de 2,7 millions d’euros. Les charges de fonctionnement ont été maîtrisées et, à ce jour, le niveau de la trésorerie se monte à plus de 900 000 euros. Il y a dix ans, on était a 400 000 euros. Concernant l’endettement de la commune, l’emprunt toxique contracté en 2008, qui a impacté fortement les finances communales en empêchant tout nouvel emprunt, a été sécurisé en 2016. Dès lors, deux emprunts ont pu être contractés en 2019 à hauteur de 900 000 euros pour rénover la résidence de La Perrière, et le taux d’endettement de la commune a diminué de 49 % depuis le 1er janvier 2017. Et tout cela sans augmentation des taux d’imposition depuis 2010. La situation est donc saine ce qui permet une possibilité d’investissement de l’ordre de 1,5 million d’euros en 2026, renouvelable chaque année, sans compter une capacité d’emprunt retrouvée. On n’est donc pas à plaindre car on bénéficie d’une situation financière hors normes pour une commune de 144 habitants. »

Élections : « Je n’ai pas pris ma décision. »
« Naturellement a poursuivi le maire, le dynamisme d’une commune étant lié à son activité et à l’implication de ses forces vives, je dois remercier les acteurs économiques de la commune et de la vallée, les associations pour l’organisation de différents événements et de nombreuses animations, les personnels de l’OT, de SSDS et de la régie communale (6 salariés) et les bénévoles. Je veux aussi remercier les employés communaux : Corinne Briffaud et Élodie Perrin au secrétariat de mairie, renforcées par Danièle Favre-Bonté et Catherine Bouchage quelques heures par semaine pour les besoins de formation, Benoît Émieux, Maksim Repi et les saisonniers aux services techniques, Céline Mézouar-Mangano et Margot Cartier-Batteson à l’école, Claire Martin-Cocher à l’agence postale communale. »
Avant d’inviter l’assistance à prendre l’apéritif préparé conjointement par l’Hôtel de la poste, l’Auberge du Coin et l’Épicerie des Villards, Pierre-Yves Bonnivard a présenté au nom de l’équipe municipale « tous ses vœux aux Villarins présents ». Puis, s’interrogeant à haute voix (« Suis-je candidat aux élections municipales de mars prochain ? »), le maire a répondu laconiquement : « Je n’ai pas pris ma décision. »
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(*) Parmi lesquelles le chef d’escadron Guillaume Adoneth, commandant de la compagnie de gendarmerie de Saint-Jean-de-Maurienne, Jacqueline Dupenloup et Philippe Girard, respectivement maire de Saint-Alban-des-Villards et maire de Sainte-Marie-de-Cuines, Françoise Combet-Blanc, adjointe au maire de Saint-Étienne-de-Cuines, Christine Reffet et Christian Frasson-Botton, adjoints au maire de Saint-Colomban-des-Villards, Stéphanie Lafaury, Marie-Thérèse Ledain, Claude Aimé et Cédric Émieux, conseillers municipaux de Saint-Colomban-des-Villards.↩︎
■ Les photographies qui illustrent ce texte sont de Christian Frasson-Botton et de Roland Bellot-Champignon.
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