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La main d’œuvre des carrières d’ardoises :
IIa – Saint-Colomban-des-Villards

La première carrière de Saint-Colomban-des-Villards est ouverte en 1880 par Zacharie Tardy aux Oules sous Le Martinan et au Nord-Est de La Pierre, qui s’établit de part et d’autre du Glandon avec un pont au milieu. La famille Tardy exploite également une carrière aux Ravines (à proximité des Oules), au Moulin (vers Nantchenu) et Derrière La Perrière. Quelques années plus tard c’est la famille Girard (originaire du village des Roches), qui en ouvre une au lieu-dit Fouages. La production démarre avec 100 000 ardoises (80 tonnes) produites en 1880 et 2 millions en 1883 (1 600 tonnes) (*).

Les recensements de la population (qui débutent ne 1876) permettent d’identifier les ardoisiers et les mineurs, le plus souvent étrangers. Après avoir examiné le cas de Saint-Alban-des-Villards (lire ICI), étudions celui de Saint-Colomban-des-Villards. Petit rappel sur les fonctions : les mineurs étaient chargés de l’extraction des blocs de schiste qui étaient ensuite transformés en ardoises par les ardoisiers. Les ardoises étaient ensuite acheminées à la gare de Saint-Avre grâce à des dizaines de chevaux (entreprise Girard), puis, plus tard, par des camions.

Au recensement de 1881, on retrouve un nom familier, Henri Froger, déjà cité dans notre précédent article sur Saint-Alban-des-Villards, et qui habitait à Lachenal. Originaire d’Angers (Maine-et-Loire) il serait un des premiers ardoisiers du secteur… certainement employé par Zacharie Tardy. Peu après (au recensement de 1886) on retrouve 3 « premiers » Colognons : Benoit Mollaret (des Ponts), Louis François Rostaing-Troux (des Roches) et Joseph Juillard (de Lachenal), certainement tous employés chez Tardy. C’est la même année (1886) que figure au recensement, au Chef-Lieu, Charles Girard (né en 1861, marié en 1900 avec Séraphine Bozon, et décédé en 1907) qui est qualifié d’entrepreneur de transport. Plus tard, on ne sait pas à quelle date exactement (mais à priori entre 1901 et 1906), Charles Girard ouvrira une exploitation d’ardoisières en plus de son métier de transporteur.

■ Aux Oules, vers 1906, Joseph Tardy (propriétaire, à l’extrême gauche) ; Antoine Chariglione (au centre de la photo, derrière les deux adolescents portant béret) ; Marius Tardy (debout, au premier plan, une canne dans la main droite).

Au recensement de 1896, figurent pour la première fois des mineurs : François Déquier (certainement un Jarrien) qui habite à Valmaure et un Piémontais, le premier, Laurent Chiaberto qui habite au Martinan. Laurent Chiaberto  est originaire de Villar Fochiardo (Val de Suse) où il est né en 1869. En 1895, Il épousera à Saint-Colomban-des-Villards Marie-Josèphe Favre-Buisson. Ils auront 8 enfants tous nés dans cette commune. Ces deux mineurs sont accompagnés, à cette date, par 5 ardoisiers dont Benoit Mollaret (Martinan) est le seul du pays. On dénombre André Marie Éluard (originaire de Loire-Atlantique) qui habite à Lachenal, Laurent Lauminy (né à La Chambre en 1860 mais dont la famille est originaire de Sainte-Hélène-du-Lac) qui habite également à Lachenal… et deux Piémontais : Jean Tomasi (originaire de Locana, Val d’Orco) qui habite Lachenal et qui prendra bientôt la direction de la carrière du Pied des Voûtes (vers les années 1895-1900), et Jean Moreggia qui habite Lachenal. Né à Turin en 1866, Jean Moreggia fera souche à Saint-Colomban où il épousera Virginie Favre-Jaime en 1893 et où il décèdera en 1933.

Dans les registres de 1901 on retrouve 1 mineur, Joseph Régi, un Italien qui habite au Martinan et qui travaille pour Zacharie Tardy. Quant au nombre d’ardoisiers, il est en nette augmentation (15 personnes). Signalons l’arrivée d’un autre artisan ardoisier patron, Jacques Emmanuel Favre-des-Cotes qui habite au Chef-Lieu à partir de 1901. En 1906 il est mentionné comme maitre d’hôtel, négociant et directeur de carrières, en 1911 uniquement comme maitre d’hôtel, mais, peu avant son décès, en 1921, il est de nouveau qualifié de directeur d’ardoisières et d’hôtelier. Jacques Emmanuel Favre-des-Cotes est né à Saint-Colomban en 1866 où il s’est marié en 1892 avec Virginie Pepey et où il est décédé en 1925. Avant d’être maître d’hôtel à Saint-Colomban, il a été négociant dans l’Isère… puis, vers l’année 1900, directeur des carrières aux Platrières de Savoie (une filiale de l’usine de Saint-Avre ?). Il devait avoir un intérêt dans les ardoisières à Saint-Colomban puisqu’il y emploie 3 ardoisiers Colognons : Émile Martin-Cocher du Martinan, Charles Pepey du Martinan et Jean-Pierre Martin-Cocher du Chef-Lieu.

Mais le plus gros employeur reste bien Zacharie Tardy (12 ardoisiers travaillent pour lui) et c’est son cousin, Joseph Tardy, qui est directeur des différentes carrières. On note toujours la présence de Joseph Julliard (Lachenal), Jean Moreggia (Lachenal), Laurent Lauminy (Lachenal), André Éluard (Lachenal) et Benoit Mollaret (Martinan). Parmi les nouveaux venus : Joseph Sailler-Recordon (Martinan), Hilarion et Séraphin Tardy (les Ponts) et quelques Piémontais : Jean Primiziano qui habite à Lachenal, Noël Miletto (Lachenal) (originaire de Villar Fochiardo en Val de Suse) et Auguste Miletto (manœuvre), Laurent Chiaberto (Martinan) qui de mineur est devenu ardoisier avec comme manœuvre Alexandre Chiaberto. Enfin, on trouve Paul Morini, né à Aiguebelle en 1880 de parents originaires d’Italie (Émilie-Romagne), qui fera souche dans le canton (Saint-Étienne-de-Cuines, La Chambre).

■ On reconnait : Secondo Perucchietti (8e à partir de la gauche) ; Marius Tardy (debout dans la brouette) ; Joseph Tardy (propriétaire, à droite de la brouette, au premier plan) ; Jean-Baptiste Chariglione (à l’extrême droite, au premier plan).

Nous avons vu que le transport des ardoises se faisait depuis Saint-Colomban jusqu’à la gare de Saint-Avre… avant d’être acheminé partout en France par le train. Charles Girard du Martinan, entrepreneur de transport (et bientôt exploitant ardoisier) développe son entreprise grâce aux carrières d’ardoises. En 1901 il emploi comme chauffeurs de voitures François Martin-Cordier un Colognon et 2 autres Piémontais : Joseph Martoia, originaire de Villar Fochiardo et dont la famille fera souche dans la vallée de la Maurienne, et Ferdinand Pognant-Viu originaire de San Giorio (vallée de Suse) qui fera souche aussi dans le canton de La Chambre.

Au recensement de 1906 on observe un changement. Tous les ardoisiers ou les manœuvres (aides ardoisiers) travaillent exclusivement pour Charles Girard et on ne recense que 2 mineurs d’origine Piémontaise : Egidio Miletto (originaire de Vilar Fochiardo) au Chef-Lieu qui travaille pour Jacques Favre-des-Cotes et Arbrun Boniface (aussi originaire de Vilar Fochiardo) de Nantchenu qui travaille pour Joseph Tardy (à priori, à cette époque, le propriétaire est François Tardy, fils de Zacharie, Joseph étant le directeur). Chez Charles Girard on recense 4 ardoisiers, 2 Colognons : Emmanuel Bozon (des Ponts) et Jean-Pierre Martin-Cocher (Chef-Lieu), et 2 Piémontais : Battista Chiariglione (originaire de Chialemberto, Vallée Valgrande, qui fera souche dans le canton) et François Giacomelli (Chef-Lieu) (originaire de Turin) qui s’est marié en 1899 à Saint-Colomban avec Marie Adélaïde Favre-Jaime. On recense également 10 Piémontais, manœuvres : Victor Versino (originaire du Val de Suse, Avigliana) qui habite le Chef-Lieu (et dont la famille fera souche à Saint-Étienne-de-Cuines), Jean-Baptiste Peroglio (Martinan, originaire de Cérès vallée de la Stura), Pierre Pecchio (Martinan, originaire de Chialemberto), Jacques Bagietto (Martinan, originaire de Chialemberto), Louis Traversa (Martinan, originaire de Vilar Fochiardo, qui fera souche dans la vallée), Alexandre Montabone (Martinan, originaire de Vilar Fochiardo), Domenico et Baptiste Chiura (Martinan, originaires de Chialemberto), Baptiste Rionda (Martinan, originaire de Chialemberto) et Pierre Aimo Bot (Martinan, originaire de Chialemberto).

Philippe De Mario

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(*) Pierre Bozon, Le Pays des Villards, en Maurienne, éditions des cahiers de l’Alpe, La Tronche-Montfleury (1970), 289 p. (épuisé).↩︎

■ Les photographies qui illustrent ce texte sont de Pierre David-Nounaz.

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