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Poétique, cocasse et drôle, la pièce Le Beau Monde a enchanté les spectateurs

L’École parallèle imaginaire, compagnie théâtrale dont les bases sont à Rennes et que nous connaissons depuis qu’ils ont été en résidence aux Villards à deux reprises, nous offrait ce samedi 30 mai, à la salle des fêtes de Saint-Colomban-des-Villards (*), grâce au centre national Espace Malraux, leur spectacle intitulé Le Beau monde. Une centaine de spectateurs disposés sur des gradins installés dans la salle des fêtes ont assisté à cette représentation, dont certaines venues de Saint-Étienne-de-Cuines, de Saint-Avre, de La Chambre ou de La Chapelle avec le minibus de la communauté de communes Terres de Maurienne.

Rémi Fortin, l’auteur du spectacle, écrit toutefois à six mains avec deux autres acteur(e)s complices et le regard du scénographe Simon Gauchet, a imaginé que des humains d’un monde futur voudraient revenir sur le monde d’aujourd’hui, le notre, celui dont nous avons de plus en plus le sentiment qu’il risque bien de disparaître, comme un monde antique disparu, tant il y a de forces à l’œuvre en ce sens. Plus précisément, à travers des fragments transmis de génération en génération, trois jeunes personnages découvrent la vie de leurs ancêtres, c’est-à-dire nous-mêmes ! « On jouait comment au football ? C’était quoi les élections ? Et un baiser ?… »

■ Une disposition scénique surprenante. – (Photographie Pascale Quézel-Ambrunaz.)

Le propos de ce spectacle n’est toutefois pas du tout une complainte passéiste. Il ne s’agit pas non plus d’exhiber un discours sur l’exotisme que figurerait notre monde vu du futur. C’est plutôt une suite de petits tableaux poétiques sur l’étrangeté de nos aventures quotidiennes, comme si des archéologues du futur les détectaient dans les cailloux blanchis par les ans. Impressionniste à dessein, le tableau que les trois acteurs Marianne Deshayes, Arthur Amard et Rémi Fortin, trois jeunes gens fragiles comme des fétus de paille pensant, brossent, bénéficie de leur élégant art du mime engageant tout leurs corps, du coup expressionniste. La profondeur poétique de leur récit est soutenue par un humour exhalé discrètement mais ravageur. Nous sommes alors à notre propre spectacle, celui de nos mœurs curieuses, depuis longtemps oubliées mais révélées par une archéologie qui se fait, sans cuistrerie, anthropologique. Et cela nous fait rire, parfois jusqu’aux éclats tant nous devenons étranges à nos propres yeux. Nous nous découvrons poétiquement.

■ « Trois jeunes gens fragiles… » (de gauche à droite : Arthur Amard, Rémi Fortin et Marianne Deshayes). – (Photographie Bertrand Villar.)

La salle composée de spectateurs, que nous avons supposée, comme toute humanité, fort contrastée, s’était du coût absorbée en communion dans un silence intrigué, entrecoupé de rires irrépressibles et bienfaisants. Il n’y manquait même pas les enfants qui, fait notable, en parfait spectateurs, ont ri et admiré tour à tour. Sans doute aurions-nous aimé que le spectacle se déroulât sous la perspective des frondaisons du plan d’eau, comme prévu, mais le dispositif mis en place à la salle des fêtes n’a rien effacé du charme prémédité où voulait nous plonger la troupe. Merci à ces jeunes acteurs, au centre Espace Malraux et aux municipalités des Villards de nous avoir fait vivre un dernier soir de mai dans cet enchantement.

Selon Jacqueline Dupenlopup, maire de Saint-Alban-des-Villards, le partenariat des Villards avec Espace Malraux et Scènes obliques de Belledonne va se poursuivre : « Après la résidence artistique de 2025 (4 artistes hébergés à Saint-Alban), le stage de formation continue de mai 2026 (14 artistes hébergés à Saint-Colomban), nous aurons cette automne une nouvelle résidence artistique de 4 ou 5 artistes et, en aboutissement, Espace Malraux va inscrire dans la brochure de son programme un spectacle aux Villards qui se déroulera le 20 mars 2027 et dont le thème sera tiré des résidences artistiques 2025 et 2026. »

Martine Verlhac

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(*) N. D. L. R. : depuis plusieurs mois cette soirée théâtrale était programmée le 30 mai à 18 heures au plan d’eau du Clos. Apprenant deux jours plus tôt que la buvette allait avancer son ouverture au 30 mai et retransmettre à la même heure la finale de la coupe d’Europe de football, les organisateurs, pour des raisons évidentes d’incompatibilité, ont été contraints à ce changement de scène que n’imposaient ni le temps ni des considérations « scénographiques »…↩︎

■ La photographie de « Une » est de Pascale Quézel-Ambrunaz.

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