La meilleure matouille faite à Lachal !
Initialement, cette jeune association (lire ICI ) avait imaginé que chaque participant apporterait sa matouille pour la déguster dans la salle des fêtes de Saint-Colomban-des-Villards dans une ambiance festive, accompagnée de saucisses grillées au barbecue devant le four à pain du pré de foire. Mais les responsables s’aperçurent vite que si la matouille est connue de chaque Villarin, et même parfois de touristes, savoir en préparer une « acceptable pour les connaisseurs » est très difficile (lire encart ci-dessous).
Il fut alors décidé que l’association préparerait une matouille géante et proposerait deux menus : un à 10 euros comprenant salade, saucisses et dessert pour accompagner sa propre matouille, un à 15 euros comprenant salade, saucisses et dessert et une part de matouille géante, le tout servi dans des plateaux-repas.
Selon Alain Bozon, qui a animé cette soirée avec l’enthousiasme et l’énergie qu’il met à orchestrer la soirée de clôture des Six jours de pétanque, cette animation a été longue à mettre en place : « On a longtemps eu moins de 10 inscrits et on envisageait alors d’annuler cette soirée repas… Mais comme souvent aux Villards, quand il s’agit d’organiser des repas, la situation a évolué à mesure qu’on approchait de la date. On est alors passé à une vingtaine d’inscrits, puis à une trentaine. Certes pas encore de quoi remplir une salle des fêtes, mais bon, là, on pouvait se replier dans la salle hors sac de La Pierre. Mais, on a eu juste le temps d’y réfléchir que nous nous sommes très vite retrouvés avec près de 150 convives qu’il allait falloir nourrir ! »

Le jour J, la petite dizaine de membres de l’association et leur famille, soit au total une quinzaine de bénévoles, ont alors ouvert le bar, allumé le barbecue, et lancé la préparation d’une matouille qui a nécessité, pour 150 convives, 45 kilos de pommes de terre, 5 kilos d’oignons, 8 kilos de beurre, 6 tommes à râper avec un peu d’Abondance, soit environ 8 kilos de fromages. Des chiffres qui pourraient peut-être figurer dans un livre des records villarin ! Ici, une pensée quand même pour la demi-douzaine de cuisiniers occupés à « p’zé » (mot du patois patois villarin qui signifie écraser, piler des pommes de terres notamment) pendant quelques heures…

Juste avant le repas, les matouilles cuisinées par les 10 équipes inscrites pour le concours et celle cuisinée par les organisateurs avaient été collectées par Alain Bozon et Pierre Tardy. Le jury appelé à les départager, installé sur l’estrade de la salle des fêtes, était composé de Stéphan Pezzani, maire de Saint-Colomban-des-Villards, Marie-France Martin-Fardon, conseillère municipale et ancienne restauratrice à Lachenal notamment, Simon Cartier-Lange, artisan à Lachenal, et François Bitz, administrateur du site Les Villarins d’ici et d’ailleurs, qui avaient établi une liste de 7 critères : aspect, couleur, odeur, texture, notion de gras ou de sec, goût, qualité des oignons. Dame ! un titre de champion du monde, ça se mérite !

Pezzani, François Bitz.
Après avoir goûter et re-goûter, et pas mal de discussions, le jury effectuait une première sélection, éliminant la moitié des matouilles en compétition… Et une demi-heure plus tard, il se murmurait qu’une « matouille (sortait) du lot : elle est exceptionnelle ! ». Et finalement, le jury se mis d’accord, attribuant la 3e place à Diane Francou, la 2e à Jérôme Ritter, et le titre de champion du monde à Anicia et Fabien Rémond (Lachal-d’en-bas), petite-nièce et neveu de Jean-Jacques Tronel, qui ont ainsi reçu un « p’zon » (pilon, d’or, diront certains )… Interrogé sur son secret, Fabien Rémond a indiqué qu’il n’y avait pas de secret : « Nous sommes partis d’une recette et avons suivi rigoureusement quelques conseils de notre entourage. » Ce qui fit dire à Alain Bozon que, comme tous les grands chefs cuisiniers, il n’y avait jamais de secrets, juste un tour de main.
Néanmoins, avons-nous appris que l’utilisation d’un beurre demi-sel avait « optimisé le côté salé » d’une matouille qui fut qualifiée par François Bitz « d’inter-galactique » ! Outre le titre de champion du monde, nos deux gagnants pourraient-ils alors, à l’instar des Miss nationales, concourir un jour pour le titre de meilleure matouille de l’Univers ? En attendant, il serait peut-être naturel que ces premiers champions soient associés à la cuisine de celle de l’an prochain…
Les gagnants ont reçu un pilon en bois, réalisé par Simon Cartier-Lange, qui fut étrenné quelques heures plus tôt pour cuisinier la matouille géante, ce qui fit dire à Alain Bozon qu’il avait été « rodé »…

Après le repas, un karaoké (toute la salle chantant en reprenant des paroles projetées sur un écran) a emmené les participants jusqu’en fin d’après-midi. Compte tenu de ce succès, il semblerait que l’association 5 Colibris soit encline à renouveller ce championnat l’an prochain avec, toutefois quelques nouveautés. Par exemple, les vainqueurs d’une année pourraient être hors concours l’année d’après… et ne pourrait-on pas envisager d’étendre le jury et la remise des prix à la mascotte villarinche, gérée par l’office de tourisme, qui est comme chacun sait un renard qui se prénomme… Matouille ?
Christophe Mayoux
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■ Les photographies qui illustrent cet article sont de Christophe Mayoux.
Une recette parmi d’autres…
Dans son livre « Mes recettes savoyardes », Marie-Thérèse Hermann, autrice savoyarde, connue notamment pour des ouvrages sur la vallée des Arves, a publié une recette de la matouille comme étant celle « de la vallée des Arves et des Villards en Maurienne ».
Parmi les ingrédients on compte : deux kilos de pomme de terre, un bel oignon ou une échalote, 175 grammes de beurre, 175 grammes de tomme grasse, pas trop faite, du sel. Dans cette recette, on fait revenir l’oignon dans 50 grammes de beurre, on coupe les pommes de terre en tranches et on les recouvre d’une louche d’eau. Une fois cuites, les pommes de terre sont recouvertes du beurre restant et de la tomme coupée en lamelle. On pile alors le tout avec « un pilon de bois avec le bout arrondi ». La pâte obtenue est prête quand elle est lisse et n’adhère plus du tout au pilon.
Marie-Thérèse Hermann mentionne (était-ce le cas dans les Arves ?) « qu’autrefois, le plat était porté sur la table et chacun y faisait son trou jusqu’au fond doré en croustillant. De nous jours, on renverse simplement le contenu de la cocotte sur un plat et on décore la matouille avec la croûte dorée du fond. »
Aux Villards, nombreux sont ceux qui estiment que la matouille est encore meilleure réchauffée… (Nous avons publié dans Le Petit Villarin numéro 36, juin 1981, une recette recueillie aux Villards : lire ICI.) ↩︎
