Le carnet (janvier 2026)
Pour publication dans Le carnet des avis de naissances, de mariages et de décès cliquez ICI. Ces avis seront mis en ligne chaque fin de mois.
NAISSANCE
• Le 3 janvier 2026 à Pertuis (Vaucluse), de César, fils de Karine Mariotti et Simon Maurel, petit-fils de Paul Maurel et Agnès Maurel née Ramel (Nantchenu), et arrière-petit-fils de André (+) Ramel et Emma (+) Ramel née Tardy (La Pierre).
DÉCÈS
• De Mme Raymonde Cartier née Derrier (Le Chef-Lieu), le 4 octobre 2025 à Saint-Jean-de-Maurienne (96 ans).
[Depuis 2010, Raymonde Cartier était la veuve de Henri Cartier qui fut, entre 1953 et 1982, responsable des travaux paravalanches de Saint-Colomban-des-Villards. Le couple réside d’abord en Miolan où Henri Cartier travaillera deux saisons (1953 et 1954), du mois d’avril jusqu’à la neige, dans un chalet rustique, sans électricité, avec pour éclairage une lampe à acétylène, ravitaillés plusieurs fois par semaine par Jules Darves-Blanc (alors maire de Saint-Alban) et sa mule. Puis, en 1955, en dehors de 3 ou 4 mois l’hiver, les Cartier emménagent dans le chalet de l’Office national des forêts du Chef-Lieu (construit en 1952 et détruit par une avalanche en 1981) qu’ils partagent, durant les vacances, avec Lucien Anchierri, ingénieur en chef des eaux et forêts. C’est l’époque où, pour mettre en œuvre le plan rationnel et novateur qu’elle a conçu pour protéger le Chef-Lieu, l’administration des eaux et forêts choisit de construire une route en Fremezan. Les terrains domaniaux de ce site de Saint-Colomban deviendront alors, en quelques décennies, un banc d’essai réputé pour les divers types d’ouvrages paravalanches et un exemple, assez unique dans les Alpes, d’un dispositif réfléchi et complet de travaux.]
• De Mme Carmélina Burdin née Cuinat-Guerraz, le 8 décembre 2025 à Saint-Paul-de-Varces (Isère) (83 ans).
• De Mme Isabelle Favre-Tissot (Lachenal), le 9 décembre 2025 à Belley (53 ans).
• De M. Alain Martin-Cocher (Les Ponts), le 22 décembre 2025 à Contamine-sur-Arve (Haute-Savoie) (81 ans).
• De Mme Laure Émieux (Lachal), le 7 janvier 2026 à Soorts-Hossegor (Landes) (90 ans).
• De M. Roger Darves (L’Église), le 8 janvier 2026 à Saint-Jean-de-Maurienne (97 ans) [Lire ci-après.]
• De M. Claude Gauterin (Le Bessay), le 29 janvier 2026 à Saint-Jean-de-Maurienne (78 ans).
Disparition
Roger Darves, défenseur du patrimoine
et conteur talentueux
Roger Darves est né en 1928 au hameau de l’Église. Après avoir fréquenté l’école du Chef-Lieu avec comme instituteurs Jean Verney, Émile Bellet, Maurice Jarre et Maria Claraz qui épousera par la suite un Frasson-Gorret de Lachenal, Roger Darves fait deux années au petit séminaire de Saint-Jean-de-Maurienne puis s’engage comme électricien dans la compagnie de produits chimiques Alais, Froges et Camargue qui deviendra Péchiney en 1950. Libéré de ses obligations militaires, qu’il effectue à Annecy dans le 27e bataillon de chasseurs alpins, Roger Darves revient quelques mois à Saint-Alban-des-Villards puis rentre dans une société électrique (Dylalum) qui l’envoie travailler sur des chantiers un peu partout en France : La Rochelle, La Rance, Bourg-en-Bresse, Joinville, etc. En 1950, il rejoint La Praz, près de Saint-Michel-de-Maurienne, pour travailler chez Péchiney où il prendra sa retraite en 1984.
Dès lors, Roger Darves consacrera l’autre moitié de sa vie à tirer de l’oubli le patrimoine villarin en militant au sein de l’Association des Villarins et amis de la vallée des Villards puis dans l’association Les Villards, patrimoine et culture dont il fut un des membres fondateurs en 1990.
Défenseur du patrimoine villarin…
Xavier Mugnier se souvient : « Roger Darves a adhéré à l’association Patrimoine et culture dès sa création, il y a plus de 35 ans, tout comme Pierre Quézel-Mouchet. Tout deux, ayant grandi à Saint Alban, connaissaient bien leur commune, ses traditions et les coutumes de leur jeunesse. Leur contact et les échanges avec eux furent enrichissants pour tous ceux qui s’intéressaient à l’histoire de la vallée, la grande comme la petite. Les sorties au Bouchet, à la chapelle des Voûtes, au moulin du Premier-Villard, pour ne citer qu’elles, étaient autant de moments savoureux, avec leurs commentaires et anecdotes en fond sonore. Des histoires, ils en connaissaient beaucoup, qu’ils partageaient volontiers lors de reconstitution de veillées à l’ancienne dans l’écurie de Rosette Darves-Blanc ou lors de rencontres fortuites autour d’un verre dans la cuisine d’Aurélie Darves-Blanc. À l’association Patrimoine et culture, la spécialité de Roger Darves c’était les vieux outils et les objets insolites. Lors de dons, en cas de doute, on se référait à lui pour les identifier. Combien en a-t-il réparés et rénovés? Lampe à carbure, lanterne magique, boite à musique, etc. À partir de 1991, il participa à l’installation et à l’aménagement de la Maison du patrimoine, puis à partir de 2001 à la reconstitution de l’écurie à l’ancienne qui possède une très belle collection d’outils. On le sollicitait pour des conseils techniques, de la généalogie et des photos de part sa bonne connaissance des familles de son village, du patois, et parfois aussi pour des contes et légendes locales. »
Avec Pierre Quézel-Mouchet, dont il était proche, Roger Darves a publié plusieurs articles dans Le Petit Villarin prenant très à cœur son rôle au sein du journal, communiquant régulièrement les documents qu’il dénichait au hasard de ses lecture ou les notes qu’il rédigeait sur les noms de lieux de sa commune, les différences parfois subtiles entre les patois de Saint-Alban et de Saint-Colomban, les surnoms, les sobriquets…

Homme simple et discret, Roger Darves était toujours disponible. Il y a 5 ou 6 ans, il assurait encore la permanence du 15 août à la Maison du patrimoine ouverte au public ce jour-là. Et le 25 octobre dernier, il était présent à l’inauguration de l’exposition consacrée aux photographies de Pierre-David-Nounaz, « Pierre de Noune » comme il l’appelait. Jacqueline Dupenloup : « Il avait passionné l’assistance par son témoignage clair et détaillé : oui, il se souvenait de Pierre David, de son chevalet de peintre à la croix des Charrières, de son drap noir de photographe et des plaques de verre. Roger Darves se souvenait de tant de choses et les racontait si bien, mêlant anecdotes et grande Histoire, non sans une pointe d’humour et beaucoup d’indulgence envers les gens de son pays des Villards, qu’il aimait tant. Perdant son doyen, Saint-Alban perd une des ressources les plus importantes, la plus fidèle qui lui restait pour la connaissance directe de ce XXe siècle qui bouleversa tant de choses. Heureusement, Roger Darves n’a jamais hésité à partager son savoir et son expérience, au sein de l’association Patrimoine et culture ou des Amis des Villards, mais aussi en prenant tout le temps nécessaire pour contribuer aux livres, aux expositions, aux conférences. Les deux livres édités par la mairie de Saint-Alban-des-Villards, Les Hameaux de l’envers de Saint-Alban-des-Villards, monographie d’un versant oublié et Évolution paysagère d’une commune de montagne lui doivent beaucoup… »
… et conteur talentueux
Roger Darves était aussi un conteur d’histoires qu’il avait apprises aux veillées. Roger Darves : « Je tiens les contes que je raconte, comme celui de Jean-la-Chique, des anciens comme Esprit Darves-Blanc, dit « le grand Esprit », maquignon et éleveur réputé, conteur, qui venait en veillée avec sa sœur Mélanie chez François Darves-Bornoz qui habitait au sommet du Mollard dans la maison actuellement propriété d’André Blanc. On allait en veillée dans son écurie le mercredi soir ou le samedi soir car il n’y avait pas école le lendemain. J’y allais avec mon frère Joanny. On retrouvait Narcisse Darves-Blanc, un peu plus âgé que nous, et Jean-Baptiste Quézel-Mouchet, dit « Titou ». Parfois, mais pas souvent parce que c’était une fille…, il y avait Aurélie Quézel-Ambrunaz la fille d’Yvonne Cartier. On avait une dizaine d’années. Il y avait quelquefois le garde forestier, Bérard, qui habitait au Frêne, qui venait aussi passer un moment, et la sœur de François Darves-Bornoz qui venait avec son rouet. Toutes ces histoires nous foutaient la trouille et on rentrait comme des feux follets. On allait aussi en veillée en Challan, chez deux demoiselles, deux sœurs Frasse-Sombet. Elles nous racontaient les histoires de leur père qui avait remplacé à la conscription le fils d’un juge de paix de Saint-Jean. Quand il était soldat, il s’était battu à Udine. Elles nous montraient son fusil et son casque… »

Au cours d’un travail d’enquête ethnologique, en 2010, Stéphane Henriquet, chercheur et archiviste de la Société savoisienne d’histoire et d’archéologie (Chambéry), avait enregistré Roger Darves et publié plusieurs de ses contes(*). En 2022, Roger Darves avait raconté en détail à Xavier Mugnier l’histoire de « lèche ma graisse », « un conte que l’on retrouve partout en Savoie et dans les Alpes sous différentes versions mais qui m’avait interpellé par son narratif propre à Saint-Alban, et que j’avais entendu pour la première fois chez Jules Darves-Blanc. » (lire ci-dessous).
Roger Darves n’était jamais à court d’idées. En 2012, il avait demandé à l’Association des Villarins et amis de la vallée des Villards que la Pierre des Adieux, située le long de la RD 927 (à gauche en descendant sur Cuines) soit mise en valeur et signalée, concédant cependant que l’absence de parkings aux alentours rendait peu aisés les arrêts de la circulation. Et à l’automne dernier, il interrogeait l’un de ses visiteurs : « Tu crois qu’après les travaux, ils mettront une plaque pour signaler que le bâtiment qu’ils transforment sur la place du Chef-Lieu abritait l’ancien café du Merlet ? Peut-être bien… »
Roger Darves aura, indubitablement, laissé une très belle trace auprès de tous les Villarins.
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(*) Le Petit Villarin numéro 199, mars 2022.↩︎
Lèche ma graisse
Lorsque j’étais enfant, nous allions à la veillée au Mollard dans la grande écurie de « François de Jeunesse »(*). Là, Esprit Darves-Blanc et sa sœur Mélanie nous racontaient des histoires qui nous foutaient une trouille terrible. Esprit était doué pour ça, il inventait beaucoup, il reprenait des histoires en route comme Le Conte des mille et une nuits, il nous intégrait à l’histoire. Il me disait : « Roger, ton grand-père était là », et à tel autre : « Il y avait aussi ton grand-père », ce qui nous rendait le récit plus crédible.
Pour en revenir à notre histoire, cette année-là des habitants de Saint-Alban avaient tué le cochon et il n’y avait plus grand-chose dans le saloir, plus rien dans les toupines. Quelques hommes du village, 4 ou 5, décident alors de partir à la chasse au chamois. Et ils décident d’aller au Merlet. L’automne était déjà bien avancé et, là haut, il neigeotait. Arrivé vers les Granges du Merlet, il y avait 10 à 15 cm de neige, et il faisait froid. Les hommes décident alors de s’arrêter dans un chalet et de faire du feu. Ils sont 4 ou 5 et font du feu dans la cheminée, s’assoient et allongent les jambes pour se faire sécher.
Soudain, on tape à la porte : boum ! boum ! boum !
Qu’est-ce que c’est ? C’est pas possible, on a mal entendu !
Une seconde fois, ça retape : boum ! boum ! boum ! Et personne ne veut aller voir. Mais il y en a un dans la bande qui est un peu sourd, c’est Joson (Joseph en patois), et qui n’a rien entendu. Les autres lui disent : « Dis Joson, si t’allais chercher du bois. Allez, va voir. » Joson se lève, ouvre la porte et là, devant lui, se tient un grand diable habillé avec un costume de chasseur et un fusil. Il rentre, s’assoit et allonge ses jambes vers le feu. Les autres se tiennent de côté avec leur fusil.
Lorsqu’il allonge les jambes, les hommes du village se rendent compte qu’il n’a pas de pieds, mais des sabots comme un chamois. Puis, relevant le bas de son pantalon pour se faire sécher le bas des jambes, il se gratte le bas des jambes en s’arrachant les poils qu’il jette dans le feu en criant : « Tiens ! Lèche ma graisse ! » Des flammes immenses et terribles jaillissent alors, effrayant les hommes attroupés autour de l’âtre. Puis d’un coup, il se lève, se dirige vers la porte du chalet pour sortir, et s’adressant aux hommes il leur dit : « Au revoir Messieurs. À vous l’été, à moi l’hiver. »↩︎
Roger Darves
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(*) François Darves-Bornoz (texte recueilli par Xavier Mugnier le 1er octobre 2022).↩︎
